Quand elle avait suspendu des boucles aux oreilles de sa cliente, des bracelets à ses poignets, elle jetait un cri d'admiration:
—Comme ça vous va tout de même! Comme ça requinque tout de suite une femme!... Ah! Et puis, y'a pas à dire vous étiez faite pour porter des diamants!... Vous savez, s'ils vous font plaisir, ne vous gênez pas! Je vous les vendrai... Oh! ce qu'ils me coûtent... Nous ne gagnons pas dessus... C'est pour faire plaisir à notre clientèle! Et elle vendait sa garniture de camelote quatre fois sa valeur.
Elle trouvait toujours un moyen de venir à bout des gens les plus rétifs. C'est elle qui inventa ce truc, usité quelquefois sur le Voyage par des malins qui ont affaire à des clients entêtés, mais timides.
Un jour qu'elle avait entraîné malgré lui, dans le tour de toile, un vieux paysan porteur de deux énormes paquets et que le bonhomme, très défiant, s'était fait photographier avec ses deux colis déposés à droite et à gauche de sa chaise, toute son éloquence se heurta à une indifférence peu commune.
Le paysan n'accepta ni émaillage ni cadre.
Il allait partir et tendait déjà sa pièce de vingt sous, lorsque Louise lui barra la route:
—Ah! mais non, mon vieux! Nous ne sommes pas ici pour nous amuser, mais pour gagner notre vie! Ce n'est pas parce que vous êtes un richard et nous de pauvres voyageurs, qu'il faut nous exploiter... J'appellerais plutôt les hirondelles (gendarmes)... C'est vingt ronds pour vous tout seul, mais vos deux paquets et vous ça fait trois! Vous ne voudriez pas que nous fournissions notre marchandise à l'oeil... Aboulez trois francs!
Et force fut au vieux paysan de s'exécuter, pour éviter le scandale.
L'aventure resta légendaire et quand on la lui rappelait:
—Ça prouve tout simplement que j'ai le génie du commerce! disait-elle modestement.