Charles Tabary était émerveillé.
De bonne grâce, il se résignait au rôle d'opérateur, comprenant que son intérêt était de laisser un libre cours à l'imagination de sa maîtresse.
Elle avait une si grande entente des affaires et il était si agréable de n'avoir qu'à se laisser vivre!
De fait, en même temps qu'elle en était l'âme, Louise était la véritable patronne de l'établissement.
Ils vivaient ensemble depuis un an environ lorsqu'elle devint enceinte.
Tabary offrit aussitôt de régulariser la position.
Il devait trop à la jeune fille pour ne pas saisir toutes les occasions de lui montrer combien il tenait à lui être agréable et c'était du reste une façon de la lier à lui.
—Mon Dieu, mon pauvre homme, comme tu es simple! Me marier avec toi, je ne demanderais pas mieux, mais il faudrait demander l'autorisation à ma mère, qui doit me chercher partout. Elle nous tombera dessus... elle et toute sa marmaille! Soit, puisque tu le désires, c'est entendu, mais nous attendrons qu'elle soit morte... En attendant, tu te contenteras de reconnaître le gosse... D'ailleurs, pour tout le monde, c'est-y pas la même chose... Je suis ta mistonne légitime!... On m'appelle la femme à Tabary! Pour ce que nous voulons en faire, va, ce sera toujours le temps de s'y prendre!
Et comme toujours, Charles Tabary acquiesça.
Louise accoucha d'un fils qui reçut le prénom de Jean et fut mis en nourrice. La mère avait alors dix-sept ans.