Le pacte fut scellé chez le prochain marchand de vins, entre deux prunes à l'eau-de-vie.

A son retour, elle trouva Tabary complètement gris et elle lui exposa les avantages de sa nouvelle combinaison, sans toutefois lui en faire connaître toutes les charges.

Le photographe approuva sans discuter, et lorsque deux jours après, la mère Voiret vint chercher sa réponse:

—Je vous remercie, répondit Louise, de votre démarche et de l'excellente idée que vous m'avez donnée. Je vais la mettre en pratique, mais comme j'ai quelques sous devant moi, je travaillerai pour mon compte. Faut pas vous en fâcher, ni que ça nous empêche de rester bonnes amies... Chacun pense pour soi en ce bas monde...

—Il faut de l'expérience dans le métier, ma petite, riposta la mère Voiret d'un air pincé. Tant pis pour vous si vous buvez un bouillon, tandis qu'avec moi, c'était une affaire sûre et sans risques...

—J'aurai tout ce qu'il faudra pour la faire réussir, riposta Louise sur le même ton.

Mais la mère Voiret ne comprit bien le sens de cette dernière phrase que quelques jours après, lorsque Boyau-Rouge lui demanda congé et lui annonça son projet de s'établir de compte à demi avec les Tabary.

Elle se mordit les doigts, mais trop tard, d'avoir indiqué cette voie à l'ambitieuse gamine, qui était bien capable de lui opposer une concurrence sérieuse.

Deux semaines s'étaient à peine écoulées qu'une belle tente toute neuve se dressait adossée au tour de toile de Tabary.

Sur le chapiteau les passants pouvaient lire cette inscription en gros caractères: