VENEZ VOIR LOÏSA
LA BELLE CRÉOLE
et derrière le comptoir une pancarte verte avec ces mots:
VISIBLE POUR LES HOMMES SEULEMENT
Premières: 30 centimes.
Secondes: 20 centimes.—Les militaires: 10 centimes.
Boyau-Rouge avait présidé à l'aménagement intérieur de la baraque.
Sur une estrade établie dans un des angles, Louise Tabary trônait, moulée dans un maillot couleur chair, les pieds emprisonnés dans de hautes bottines lacées.
Ses cheveux très noirs, coupés courts et frisés avec soin, donnaient un cachet original à sa frimousse toujours en éveil, et son corsage largement échancré laissait voir les trésors arrondis d'une gorge très blanche et très ferme.
Sans être une des sept merveilles de la création ainsi que l'annonçait au dehors Boyau-Rouge, dans l'étourdissant boniment qu'il avait spécialement composé pour la circonstance, Louise était l'attraction la plus agréable à voir de tout le Voyage.
Au pied de l'estrade, deux rangées de chaises pour les premières; derrière une balustrade recouverte de velours rouge, deux banquettes de moleskine pour les secondes. Aux troisièmes, le public restait debout.
Boyau-Rouge, costumé en clown, recommençait sa parade et ses roulements dix fois par heure...
On pouvait entrer... les amateurs du sexe en auraient pour leur argent... Le sujet ne montrerait ni des appas, ni des mollets de pacotille... Cette demoiselle, célèbre dans son pays pour sa beauté et sa grâce sans pareille, s'exhiberait «en pleine nature». D'où l'interdiction de pénétrer faite aux femmes et aux jeunes gens de moins de seize ans... Ce n'est qu'à prix d'or et pour un temps limité qu'on avait pu déterminer la belle Loïsa à paraître en public... Il fallait donc profiler de cette occasion unique...