Je croyais accomplir un exploit de chevalerie, un acte de valeur, qui peut-être, aux yeux de celle qui fut ma maîtresse, laisserait un souvenir, comme parmi les nations. Et lorsqu'ainsi la bataille
faiblit, et que des hommes jadis hardis, la figure blême, se tournèrent çà et là, cherchant des excuses à leur fuite, seul, je tins ferme, et par la supériorité de l'agresseur je fus accablé et mutilé cruellement.
Alors je me traînai à ses pieds, devant celle dont la cause chérie m'avait engagé dans ces hasards, et je lui dis: «Regarde, les blessures que je reçus pour toi dans ces guerres».
Mais elle: «Pauvre estropié, crois-tu donc que j'épouserais un tronc sans membres?...» Elle rit et se détourna de moi. Pourtant elle était belle et se nommait «La Liberté».
Le sonnet qui commence ainsi:
Une prison est un couvent sans Dieu: Pauvreté, chasteté, obéissance. Voilà ses règles
est très beau, de même que le suivant, écrit aussitôt après avoir franchi la porte de la prison:
Nu j'entrai dans le monde de plaisir, Et nu j'entre en cette maison de souffrance. Ici, à cette porte je dépose le trésor de ma vie, mon orgueil, mes vêtements, et le nom que je portais parmi les hommes.
Désormais le monde et moi nous serons comme deux. Aucun bruit de moi ne percera, pour le bien ou le mal, ces murs de douleur, ni je n'entendrai le vain rire et les larmes de ceux qui m'aiment encore.
Ici quelle vie nouvelle m'attend? Peu d'aise, une froide couche, des nuits sans sommeil, les ordres d'une voix dure, aucune voix qui apaise, qui plaise.