Un critique a fait remarquer récemment à propos d'Adam Lindsay Gordon[46], que grâce à lui l'Australie avait trouvé sa première expression en beaux vers.
Mais c'est là une erreur bienveillante.
Il y a fort peu d'Australie dans la poésie de Gordon.
Son cœur, son esprit, son imagination étaient toujours préoccupés de souvenirs et de rêves anglais, et de la culture telle qu'il l'avait reçue de l'Angleterre.
Il ne dut rien à son pays d'adoption.
S'il était resté dans la terre natale, il aurait fait de bien plus belles choses.
En quelques pièces telles que le Stockrider[47] malade, De l'Épave, Loup et Chien de chasse, il y a des indices d'influences australiennes, et ces stances dans le genre de Swinburne tirées des Ballades de la Brousse méritent d'être citées, bien qu'elles contiennent une promesse qui n'a jamais été réalisée.
Ce sont là des rimes qui se suivent, reliées moins par le son que par le sens, en des pays où de brillantes fleurs sont dépourvues de parfum, où de brillants oiseaux sont dépourvus de chant, où, le feu et l'ardente sécheresse dans ses tresses, l'insatiable été opprime les tardives forêts, les mélancoliques déserts, les troupeaux et les animaux défaillants.
D'où viennent-elles? Le vaste grésillement de la sauterelle peut fournir une mesure. Le tintement d'une rouelle, d'un éperon le choc d'une vague, le coassement de la grenouille parmi les joncs, qui réveille les échos entre les pauses, les silences de la nuit tombante, du torrent qui se précipite, de la tempête en délire.
Pendant que s'épaissit là-haut l'obscurité dans l'intervalle de calme et de silence, quand rougissent d'une teinte de flamme les arbres de la forêt, sur les pentes de la montagne, quand les Eucalyptus aux troncs rabougris et difformes semblent porter, pareils à d'étranges colonnes égyptiennes des dessins curieux, de bizarres inscriptions, des sortes d'hiéroglyphes;