«En maints endroits habite la Destinée, qui ne dort ni jour ni nuit. Elle baise le bord de la coupe et porte le flambeau à la flamme vacillante quand les rois des hommes quittent la table, heureux, pour le lit nuptial. C'est peu de dire qu'elle émousse le tranchant de l'épée aiguisée, lorsqu'elle erre pendant bien des jours par la maison à demi construite. Elle balaie du rivage le navire, et sur la route accoutumée, le chasseur montagnard va là où son pied ne glissa jamais. Elle est là où la haute falaise s'émiette enfin sur le bord du fleuve; C'est elle qui aiguise la faux du faucheur, qui plonge le berger dans le sommeil, là où le mortel serpent veille parmi les moutons à l'abandon. Or, nous qui appartenons à la race divine, nous connaissons ses projets, mais nous ne savons rien de sa Volonté sur la vie des mortels et leur fin. Ainsi donc je t'enjoins de ne rien craindre pour toi de la Destinée et de ses actes, mais de les craindre pour moi, et je t'enjoins de prêter une oreille secourable à mon danger. Sans cela... Es-tu heureux dans la vie, ou te plaît-il de mourir à la fleur de tes jours, quand ta gloire et tes souhaits auraient atteint leur épanouissement?

Le dernier chapitre du livre, où nous est décrite la grande fête en l'honneur des morts est si belle de style que nous ne pouvons nous empêcher de citer ce passage.

«Or les ténèbres tombaient sur la terre, mais la salle était resplendissante à l'intérieur, tout ainsi que l'avait promis le Soleil de la Salle. Là s'étalait le trésor des Wolfings. De belles draperies étaient tendues sur les murs: des vêtements finement brodés suspendus aux colonnes, de superbes vases de bronze, des coffres aux belles sculptures étaient rangés dans les angles, où les gens pouvaient bien les voir, des vases d'or et d'argent étaient disposés çà et là sur la table du festin. Les colonnes étaient aussi parées de fleurs et des guirlandes fleuries pendaient aux murs sur les tapisseries précieuses. Des résines aromatiques et des parfums brûlaient dans des encensoirs de bronze d'un beau travail. Tant de lumières étaient allumées sous le toit, qu'il paraissait embrasé d'une flamme moins vive le jour où les Romains y avaient brûlé des fagots pour le détruire par le feu, dans la hâte du matin de la bataille.

«Alors commença le festin, dans la montée de leur retour, où ils rapportaient dans leurs mains la victoire, et les corps inanimés de Thiodolf et d'Otter, vêtus d'habits étincelants et précieux, les contemplaient du siège élevé. Les parents qui leur rendaient hommage étaient joyeux, et l'on but la coupe devant eux et d'autres, que ce fussent des Dieux ou des hommes.

En des jours de réalisme lourdaud et d'imitation sans imagination, c'est avec un plaisir intense qu'on souhaite la bienvenue à des œuvres de ce genre.

C'est là un livre que tous les amis de la littérature seront certainement enchantés de lire.

NOTES:

[44] Pall Mall Gazette, 2 mars 1889. A propos du Récit sur la maison des Wolfings et toutes les familles de la Marche.


Adam Lindsay Gordon[45].