En général, la dernière page est la plus intéressante, et lorsqu'on commence par la catastrophe, ou le dénouement, on se sent en termes agréables de familiarité avec l'auteur.

C'est comme si on allait dans les coulisses d'un théâtre. On n'est plus mis dedans, et quand il s'en faut de l'épaisseur d'un cheveu que le héros ne périsse, quand l'héroïne est dans les transes les plus angoissantes, cela vous laisse parfaitement froid.

On connaît le secret jalousement gardé, et on peut se permettre de sourire on voyant l'anxiété tout à fait superflue que les marionnettes de la pièce croient de leur devoir de témoigner.

Dans le cas du roman de M. Stuart Cumberland, l'Insondable profondeur, ainsi qu'il l'intitule, la dernière page donne un vrai frisson, et nous rend curieux d'en savoir plus sur Brown, le médium.

Scène: une chambre capitonnée dans une maison de fous, aux États-Unis.

Un aliéné énonce des propos sans suite; en se lançant avec fureur à travers la pièce, à la poursuite de formes invisibles.

—Celui-ci, c'est notre cas le plus marqué, dit un médecin en ouvrant la porte de la cellule à l'un des inspecteurs des aliénés. Il était médecin, et il est continuellement hanté par les créations de son imagination. Nous avons à le surveiller de près, car il manifeste des tendances au suicide.

Le fou se jette sur les visiteurs pendant qu'ils battent en retraite, et la porte se fermant sur lui, il se laisse tomber sur le sol avec un hurlement.

Une semaine après, le cadavre de Brown le médium est découvert, pendu au bec de gaz de sa cellule.

Comme on voit tout avec clarté! Quelle force, quelle netteté dans le style! Et quel air de réalisme dans cette simple mention d'un «bec de gaz».