Primavera[59].
Pendant le trimestre d'été, Oxford enseigne l'art exquis de la flânerie, une des choses les plus importantes que puisse enseigner une Université, et il vient de paraître dans cette aimable ville, un mignon et charmant volume, œuvre de quatre amis, qui peut-être forme les prémices de cette rêverie sous le cloître gris, dans le silencieux jardin, qui a pour effet de former ou de perdre un homme.
Ces quatre nouveaux poètes sont M. Laurence Binyon, qui vient de gagner le prix de Newdigate; M. Manmohan Ghose, jeune hindou distingué par son érudition, et par ses grands progrès en littérature qui donnent quelque éclat à Christ Church; M. Stephen Phillips, qui a récemment joué le rôle du Fantôme dans Hamlet au Théâtre du Globe, avec une dignité et un talent de diction si admirables; et M. Arthur Cripps, de Trinity.
Un intérêt particulier s'attache naturellement à l'œuvre de M. Ghose.
Né aux Indes, de parents de pure race hindoue, il a été élevé uniquement en Angleterre.
Il a reçu son éducation à l'École de Saint Paul, et ses vers nous montrent avec quelle promptitude et quelle finesse se forment les sympathies intellectuelles de l'esprit oriental et nous indiquent combien est étroit le lien qui, peut-être un jour, unira l'Inde à nous par d'autres moyens que le commerce et la force des armes.
Il y a quelque chose de charmant à trouver un jeune Hindou qui emploie notre langue avec autant de souci de la mélodie et des termes que le fait M. Ghose.
Voici une de ses pièces.
Par dessus ta tête, en joyeux détours, à travers les vastes espaces du ciel, librement les oiseaux volent avec de la musique dans les ailes, Et de la mer bleue, rude les poissons brillent et bondissent. Il y a une vie des choses les plus charmantes Sur toi, en ton sommeil si profond.