Mistress Aphra Behn fut la première Anglaise qui se fit de la littérature une profession régulière.
Mistress Katharine Philps inventa la sentimentalité, si nous en croyons M. Gosse.
Comme elle fut louée par Dryden et regrettée par Cowley, espérons qu'elle aura obtenu son pardon.
Keats rencontra par hasard ses poésies à Oxford, au temps où il écrivait Endymion, et trouva dans l'une d'elles une «fantaisie très délicate, dans le genre de Fletcher» mais je crains bien que de nos jours l'incomparable Orinda ne trouve plus un seul lecteur.
Au sujet de la Rêverie Nocturne de Lady Winchelsea, Wordsworth, dit qu'à l'exception de la Forêt de Windsor, ce fut le seul poème, dans l'intervalle entre le Paradis perdu et les Saisons de Thomson, qui contint une image nouvelle de la nature extérieure.
Lady Rachel Russell, à qui on peut attribuer l'inauguration de la littérature épistolaire en Angleterre; Eliza Heywood que son mauvais style a immortalisée, et qui occupe une niche dans la Dunciade; et la marquise de Wharton, dont Waller dit avoir admiré les poésies, sont des types fort remarquables, la plus intéressante de toutes étant naturellement la première nommée, qui était une femme de naturel héroïque et d'un caractère plein de noblesse et de dignité.
En somme, quoi qu'on ne puisse pas dire que les poétesses anglaises, depuis les origines jusqu'à Mistress Browning, aient produit aucune œuvre de génie absolu, ce sont certainement des figures intéressantes, d'attrayants sujets d'étude.
Parmi elles nous trouvons Lady Mary Wortley Montague, qui a tout le caprice de Cléopatre, et dont les lettres sont charmantes à lire, Mistress Centlivre, qui écrivit une brillante comédie, Lady Anne Barnard dont Le Vieux Robin Gray a été décrit par Sir Walter Scott comme valant «tous les dialogues qu'ont jamais eus ensemble Corydon et Phyllis, depuis Théocrite jusqu'à nos jours» et qui est certainement une très belle et très touchante poésie, Esther Vanhomrigh, et Hester Johnson, la Vanessa et la Stella de la vie du Doyen Swift; Mistress Thrale, l'amie du grand lexicographe; la digne Mistress Barbauld; la laborieuse Joanna Baillie; l'admirable Mistress Chapone, dont l'Ode à la Solitude fait toujours naître en moi une ardente passion pour la société, et qui restera dans la mémoire au moins comme directrice de l'établissement dans lequel fut élevée Becky Sharp, Miss Anna Seward, qui fut appelée «le Cygne de Lichfield» la pauvre L. E. L. que Disraeli décrivit dans une de ses spirituelles lettres à sa sœur comme la «personnification de Brompton, toilette de satin incarnat, souliers de satin blanc, joues rouges, nez camard, et la chevelure à la Sapho»; Mistress Ratcliffe, qui créa le roman à aventures, et a ainsi endossé une grande responsabilité; la belle Duchesse de Devonshire, de laquelle Gibbon a dit qu'elle était faite pour être quelque chose de mieux qu'une Duchesse; les deux admirables sœurs, Lady Dufferin et Mistress Norton; Mistress Tighe, dont Keats lut avec plaisir la Psyché; Mistress Hemans; la jolie, charmante «Perdita», qui flirta tour à tour avec la Poésie et avec le Prince Régent, joua divinement dans le «Conte d'Hiver», fut brutalement attaquée par Gifford et nous a laissé une touchante petite poésie sur la boule-de-neige; et Emilie Bronté, dont les poésies sont empreintes d'une force tragique et paraissent souvent sur le point d'atteindre à la grandeur.
Les vieilles modes en littérature ne sont pas aussi agréables que les vieilles modes dans le costume.
J'aime le siècle de la poudre mieux que le siècle de Pope.