Mais si l'on préfère le point de vue historique,—et en somme c'est le seul où nous devions nous placer pour apprécier avec justice une œuvre qui n'est pas absolument de premier ordre,—nous ne pouvons éviter de remarquer que bon nombre des poétesses anglaises, qui ont précédé Mistress Browning, furent des femmes d'un talent peu ordinaire, et que si la plupart d'entre elles regardèrent la poésie comme un simple compartiment des belles-lettres, il en fut de même pour leurs contemporains dans le plus grand nombre des cas.
Depuis l'époque de Mistress Browning, nos bois se sont remplis d'oiseaux chanteurs, et si je me risque à leur demander de s'adonner davantage à la prose, et moins au chant, ce n'est pas que je goûte la prose poétique, mais c'est que j'aime la prose des poètes.
NOTES:
[26] Queen, 8 décembre 1888
Le dernier volume de sir Edwin Arnold[27][28].
Les auteurs qui écrivent en prose poétique sont rarement de bons poètes.
Ils ont beau emplir leurs pages de somptueuses épithètes, de phrases resplendissantes, entasser des Pélions d'adjectifs sur des Ossas de descriptions, ils ont beau s'abandonner à un style fortement coloré, à la richesse luxuriante des images, si leur vers ne possède pas la véritable vie rythmique du vers, si leur procédé ne connaît pas la contrainte que s'impose le véritable artiste, tous leurs efforts aboutissent à un bien mince résultat.
Il se peut que la prose «asiatique» soit utile pour la besogne du journal, mais la poésie «asiatique» ne doit point être encouragée.
D'ailleurs, on peut dire que la poésie a bien, plus que la prose, besoin de la contrainte volontaire.