Les abeilles d'or se taisent sur l'Hymette embaumé de thym et le cor sonnant le deuil d'amour de l'Aurore ne chassera plus le froid crépuscule sur la cime du Mont Sacré. Le premier plan est un banc de gazon brûlé par le soleil, vallonné et creusé comme une vague, rendu plus inégal encore par des racines sortant de terre et des troncs d'arbres prématurément coupés par la hache et d'où jaillissent encore de frêles pousses vertes. Ce banc de verdure se redresse subitement à droite vers un bosquet touffu où ne pénètre la lueur d'aucune étoile, à l'entrée duquel se tient pétrifié le roi de Thessalie, tenant, entre ses genoux, ce corps poli comme l'ivoire, qui, un instant à peine auparavant, écartait de son front si doux les rudes rameaux et foulait les épines et les fleurs de son pied que la jalousie rendait si rapide, maintenant impuissant, lourd, privé de tout mouvement, sauf quand la brise, comme par moquerie, soulève sa chevelure épaisse.

Entre les troncs voisins, serrés, les nymphes étonnées s'avancent avec de grands cris.

Et les satyres, vêtus de peaux de cerfs, couronnés de guirlandes de lierre, s'approchent et leur visage orné de cornes montre une pitié étrange.

Plus bas, Lælaps est couché et montre par son halètement que la mort s'avance à grands pas; de l'autre côté du groupe, l'Amour Vertueux près de «vans renversés» présente la flèche à une troupe de Sylvains: faunes, béliers, boucs, satyres, mères de satyres, serrant plus fort leurs petits entre leurs mains effrayantes, qui accourent de la gauche dans un chemin creux entre le premier plan et une muraille de rochers. En dessous et dans la partie la plus basse est un dieu gardien de fleuve, dont l'urne épanche un flot mélancolique. Au-dessus et plus loin que l'Ephidryade, une autre femme arrachant ses cheveux paraît au milieu des colonnettes festonnées de vigne d'un bosquet rustique.

Le centre de la peinture est occupé par de fraîches prairies, dévalant vers l'embouchure d'un fleuve; au delà est la «vaste puissance de l'océan» d'où celle qui éteint les étoiles, la rose Aurore, monte en poussant avec furie ses chevaux baignés dans l'eau salée, pour voir les spasmes d'agonie de sa rivale.

Récrite avec soin, cette description pourrait être admirable. L'idée de trouver dans un tableau le sujet d'un poème en prose est elle-même excellente. Nos littératures modernes lui doivent beaucoup de leurs meilleures pages. A une époque très laide mais aussi très intelligente, les arts au lieu de s'inspirer directement de la vie s'empruntent les uns aux autres.

Au surplus Wainewright éprouvait des inclinations singulièrement variées. Tout ce qui a rapport au théâtre l'intéressait; il voulait que le costume, les décors fussent conformes à la vérité historique. On ne pouvait la négliger: «En art, dit-il, ce qu'on juge digne d'être entrepris mérite d'être bien fait.» Si l'on se permet un anachronisme, où s'arrêtera-t-on? En littérature, comme lord Beaconsfield, dans une circonstance fameuse, Wainewright se rangeait «du côté des anges.» Il fut des premiers à admirer Keats et Shelley, «la tremblante sensitive Shelley», ainsi qu'il l'appelle. Son admiration pour Wordsworth était sincère et profonde. Il appréciait beaucoup William Blake. L'une des meilleures copies que nous ayons encore des «Chants de l'innocence et de l'expérience» a été faite spécialement pour lui. Il aimait Alain Chartier, et Ronsard, et les poètes dramatiques de l'époque d'Elisabeth, et Chaucer, et Chapman, et Pétrarque. Pour lui tous les arts se tiennent: «Nos critiques, observe-t-il fort judicieusement, ne semblent pas se douter que la poésie et la peinture ont les mêmes origines, et que tout progrès véritable dans l'un de ces arts amène l'autre à un degré correspondant de perfection.» Ailleurs il prétend que c'est se duper soi-même ou essayer d'en faire accroire aux autres que de prétendre que l'on aime Milton si l'on n'admire aussi Michel Ange. Lui-même ne réservait point son enthousiasme. Avec ses collaborateurs du London Magazine il se montre toujours très généreux et loue Barry Cornwall, Allan Cunningham, Hazlitt, Elton et Leigh Hunt sans jamais laisser percer dans ses louanges la malice d'un ami.

Certains de ses croquis de Charles Lamb sont charmants en leur genre. Avec l'art du véritable comédien il prend le ton de son sujet.

«Que puis-je dire de toi que tous ne sachent déjà? Que tu as la gaieté d'un enfant et le savoir d'un homme: jamais plus noble cœur ne fit verser des larmes.