Un enfant est capable de comprendre un châtiment infligé par un individu, tel qu'un parent, un tuteur, et de le supporter avec un certain degré de résignation.
Ce qu'il est incapable de comprendre, c'est un châtiment infligé par la Société.
Il ne saurait se faire une idée de la Société.
Pour les grandes personnes, c'est naturellement le contraire qui est vrai.
Ceux d'entre nous qui sont en prison, peuvent comprendre et comprennent en effet ce que signifie la force collective qu'on appelle société, et quelle que soit notre façon d'en concevoir les méthodes et les prétentions, nous pouvons nous imposer de les accepter.
Le châtiment, qui nous est infligé par un individu, est au contraire, une chose que ne supporte aucune grande personne, et à laquelle on ne s'attend point à la voir se résigner.
En conséquence, l'enfant étant enlevé à ses parents par des gens qu'il n'a jamais vus, qu'il ne connaît en aucune façon, et se trouvant dans une cellule solitaire, qui ne lui est point familière, entouré de figures nouvelles, recevant les ordres et les punitions des représentants d'un système qu'il est incapable de comprendre, devient la proie immédiate de la première et de la plus forte émotion que produise la vie moderne de la prison,—l'émotion de la terreur.
La terreur d'un enfant en prison est absolument sans bornes.
Je me rappelle qu'une fois à Reading, au moment de ma sortie pour l'exercice, je vis dans la cellule faiblement éclairée, en face de la mienne, un petit garçon.
Deux gardiens,—qui ne manquaient pas de bonté, lui parlaient, avec quelque apparence de sévérité, ou peut-être lui donnaient quelques utiles conseils pour sa conduite.