Mais je ne tardai pas à m'apercevoir que les hurlements venaient des sous-sol de la prison, et je compris qu'on fouettait quelque malheureux.
Je n'ai pas besoin de dire combien ce fut hideux et terrible pour moi, et je me demandai quel était l'homme qu'on châtiait de cette façon révoltante.
Soudain je vis comme dans un éclair que c'était sans doute le malheureux insensé qu'on fouettait.
Il n'est pas nécessaire de dire quels furent mes sentiments à ce sujet, ils n'ont rien à voir dans la question.
Le lendemain, dimanche, je vis le pauvre diable à l'exercice, sa figure banale, laide, souffrante, bouffie par les larmes et l'hystérie au point de le rendre méconnaissable.
Il suivait le cercle central avec les vieux, les mendiants, les boiteux, en sorte que je pus l'observer tout le temps.
Ce fut le dernier dimanche que je passai en prison.
C'était la plus belle journée de toute l'année, et là, sous ce magnifique soleil,—allait ce pauvre être,—jadis fait à l'image de Dieu,—ricanant comme un singe faisant avec ses mains les gestes les plus fantastiques, comme s'il jouait en l'air d'un invisible instrument à cordes, ou s'il arrangeait et comptait des jetons en quelque jeu bizarre.
Pendant tout ce temps, ces larmes hystériques, sans lesquelles aucun de nous ne le vit, faisaient des raies sales sur sa figure blême et enflée.
La grâce hideuse et tranquille de ses gestes lui donnaient l'air d'un clown.