Mérédith, à qui j'avais fait l'observation du contraste des deux attitudes, que j'avais remarquées en eux, me répondit avec une spontanéité pleine d'humour.

—Cher ami, comme vous le dites, je n'aime pas ma tante. Sa présence auprès de mon tuteur m'irrite et m'importune. Madame Marcelle déteste cordialement son neveu: mes visites à son mari l'ennuient. Mais quand nous partons pour les bois, il n'y a plus en nous que deux camarades qui aiment la marche, les grands arbres, la brise fraîche, l'air irrespiré des hauteurs, les fleurs silvestres. Madame Marcelle a vingt-deux ans, un esprit pétillant. Je ne suis pas de beaucoup son aîné et l'on ne me dit point sot. Bref, nous ne songeons qu'à nous amuser et à jouir de la vie pendant notre promenade, quittes à reprendre nos attitudes d'hostilité courtoise en nous rapprochant du logis.

Je répliquai à Mérédith que je ne comprenais pas que l'amie dans les bois ne fût pas l'amie à la maison et que sa psychologie me semblait bien subtile.

—Je n'ai pas dit amie, me répliqua-t-il, j'ai dit camarade et c'est tout différent. Il n'y a pas d'amitié possible entre la femme de mon oncle et moi: la camaraderie n'engage à rien.

Quand je scrute mon moi de ce temps-là, je songe que peut-être au fond j'étais suffisamment amoureux de madame Marcelle pour demeurer enchanté que Mérédith lui battit si froid.

Ce sentiment, dont je ne me rendais point compte, était probablement ce qui me paralysait dans mes desseins premiers sur Angèle.

Un dimanche,—il y avait un peu plus de trois mois que je fréquentais le toit hospitalier de lord William,—c'était le 14 juin 188.,—nous déjeunions tous quatre dans la petite salle à manger Renaissance.

Nous en étions au dessert et madame Marcelle, à la mode anglaise, fit apporter les vins.

Généralement elle restait à table et se préoccupait d'empêcher lord William, qui y avait quelque penchant, d'absorber trop de sherry ou de Corton.

Mais, ce jour-là, elle me parut plongée dans une profonde distraction.