Comme j'ai toujours été un très petit buveur, je laissai les deux Anglais se faire raison et j'observai ma voisine.

Elle jouait avec la peau de l'orange qu'elle venait de sucer quartier par quartier.

D'abord, avec son couteau à fruits, elle la découpa en longues lanières; puis, elle subdivisa les lanières en petits losanges; enfin, elle réunit les petits losanges en un tas au milieu de son assiette.

Et, paraissant alors s'intéresser soudain à la conversation de son mari, elle coupa de deux ou trois observations brèves le récit, qu'il faisait, d'une croisière dans les mers de Chine.

Puis, elle reprit son couteau, l'éleva un instant sur son assiette et s'absorba dans l'exécution d'un dessin très compliqué d'ornementation, disposant les petits losanges tout autour et au fond de l'assiette.

Elle me posa ensuite quelques questions banales sur la pièce à la mode, comme se désintéressant de son travail d'arabesques, éleva le couteau sur son assiette d'un air de badinage et d'un petit geste décidé ramena les losanges au centre de l'assiette.

De nouveau, le manège du couteau recommença et, cette fois, deux losanges seuls s'alignèrent. Un instant, le couteau reposa sur l'assiette au-dessus des deux losanges, pour reprendre bientôt la position verticale.

Et alors, brusquement, madame Marcelle bouleversa les fragments de peau d'orange et les remit en tas.

Le jeu était fini.

Lord William continuait l'interminable récit de ses querelles avec lord Elgin. Mérédith, d'apparence insoucieux, buvait lentement son sherry.