Après une promenade de trois heures, nous revînmes, lord William et moi, à Ville-d'Avray mais nous ne fûmes point rejoints par Mérédith et madame Babington.
Sans doute ils s'étaient attardés à boire de la limonade dans quelque bouchon campagnard et, sans nous inquiéter de ces marcheurs intrépides, lord William, qui soignait ses malaises de vieillard d'après des procédés spéciaux, se fit servir un bitter.
Il pouvait bien être six heures et demie quand une sorte de guimbarde pénétra jusque devant la terrasse.
Madame Marcelle en sauta avec une légèreté d'oiseau.
—Venez vite, me cria-t-elle, secourez ce pauvre Mérédith qui s'est foulé le pied. Supprimé le train de minuit, beaux sires! Vous voilà nos prisonniers jusqu'à demain où l'on avisera au moyen de transporter Mérédith chez lui! Je vais faire préparer votre chambre, car vous partagerez celle de Mérédith, docteur, la plus belle lady de France et d'Angleterre ne pouvant vous offrir que ce qu'elle a.
Et madame Marcelle se précipita vers l'escalier.
Aidé des domestiques, je portai Mérédith sur le divan oriental à côté du piano.
Il refusa d'aller plus loin prétendant que c'était bien assez de souffrir sans s'ennuyer. On le monterait quand il serait l'heure de se coucher, mais il entendait sinon dîner, du moins assister au repas.
J'obtins seulement de lui de visiter son pied. Il était peut-être un peu gonflé par un excès de marche, mais je n'y vis rien d'inquiétant, rien même qui décelât nettement la cause des douleurs dont il se plaignait.
—Ce n'est pas une foulure, affirmai-je, peut-être une crampe violente. Les élèves d'Eton sont-ils devenus des demoiselles qu'ils se mettent à la diète pour si peu de chose? Vous allez dîner, Mérédith, et, je le souhaite, de bon appétit.