Lisez plutôt le très curieux roman de Georges Darien, Le Voleur[1], qui est un long et amusant paradoxe, et vous verrez tout de suite la différence entre les deux notes. Dans le volume de Darien, Georges Randal, a choisi le vol comme profession: il se fait voleur comme on se fait banquier, médecin ou avocat, et il a des idées de voleur sur toutes choses. Il lutte contre la société avec des armes qu'il a choisies et que Darien a fourbies logiquement d'après la mentalité de son héros. Randal, qui n'est pas un monstre, a exactement la sensibilité d'un outlaw.

Note 1:[ (retour) ] Stock, éditeur.

Il en est tout autrement de lord Arthur Savile que de Georges Randal. Le point excepté où ses idées déraillent et s'intervertissent, on ne saurait raisonner plus normalement.

«En contemplant en ce moment le portrait de Sybil, lord Arthur, écrit Wilde, fut rempli de cette terrible pitié qui naît de l'amour. Il sentit que l'épouser avec le fatum du meurtre suspendu sur sa tête serait une trahison pareille à celle de Judas, un crime pire que tous ceux qu'ont jamais rêvé les Borgia.

«Quel bonheur y aurait-il pour eux, quand à tout moment il pourrait être appelé à accoupler l'épouvantable prophétie écrite dans sa main?

«A tout prix il fallait reculer le mariage...

«Bien qu'il aimât ardemment cette jeune fille, bien que le seul contact de ses doigts quand ils étaient assis l'un près de l'autre, fît tressaillir tous les nerfs de son corps d'une joie exquise, il n'en reconnut pas moins clairement où était son devoir et eut pleine conscience de ce fait qu'il n'avait pas le droit de l'épouser jusqu'à ce qu'il eût commis le meurtre.

«Cela fait, il pourrait se présenter devant les autels avec Sybil Merton et remettre sa vie aux mains de la femme qu'il aimait, sans crainte de mal agir.

«Cela fait, il pourrait la prendre dans ses bras, sachant qu'elle n'aurait jamais à courber sa tête sous la honte.

«Mais avant, il fallait faire cela et le plus tôt serait le meilleur pour tous deux».