La tête petite, d'un délicieux modèle, s'inclinait légèrement de côté, comme si la gorge mince et frêle, le col de roseau avaient peine à supporter le poids de tant de beauté. Les lèvres étaient légèrement entr'ouvertes et semblaient faites pour une douce musique et, dans ses yeux rêveurs, on lisait les étonnements de la plus tendre pureté virginale.
Moulée dans son costume de crêpe de chine[11] moelleux, un grand éventail de feuillage à la main, on eût dit d'une de ces délicates petites figurines qu'on a trouvées dans les bois d'oliviers qui avoisinent Tanagra et il y avait dans sa pose et dans son attitude quelques traits de la grâce grecque.
Note 11:[ (retour) ] En français dans le texte.
Pourtant, elle n'était pas petite[12].
Note 12:[ (retour) ] En français dans le texte.
Elle était simplement parfaitement proportionnée, chose rare à un âge où tant de femmes sont ou plus grandes que nature ou insignifiantes.
En la contemplant en ce moment, lord Arthur fut rempli de celle terrible pitié qui naît de l'amour. Il sentit que l'épouser avec le fatum du meurtre suspendu sur sa tête serait une trahison pareille à celle de Judas, un crime pire que tous ceux qu'ont jamais rêvé les Borgia.
Quel bonheur y aurait-il pour eux, quand à tout moment il pourrait être appelé à accomplir l'épouvantable prophétie écrite dans sa main? Quelle vie mènerait-il aussi longtemps que le destin tiendrait cette terrible fortune dans ses balances?
A tout prix, il fallait retarder le mariage. Il y était tout à fait résolu.
Bien qu'il aimât ardemment cette jeune fille, bien que le seul contact de ses doigts quand ils étaient assis l'un près de l'autre, fit tressaillir tous les nerfs de son corps d'une joie exquise, il n'en reconnut pas moins clairement où était son devoir et eut pleine conscience de ce fait qu'il n'avait pas le droit de l'épouser jusqu'à ce qu'il eût commis le meurtre.