Cela fait, il pourrait se présenter devant les autels avec Sybil Merton et remettre sa vie aux mains de la femme qu'il aimait, sans crainte de mal agir.
Cela fait, il pourrait la prendre dans ses bras, sachant qu'elle n'aurait jamais à courber sa tête sous la honte.
Mais avant, il fallait faire cela et le plus tôt serait le meilleur pour tous deux.
Bien des gens dans sa situation auraient préféré le sentier fleuri du plaisir aux montées escarpées du devoir; mais lord Arthur était trop consciencieux pour placer le plaisir au-dessus des principes.
Dans son amour, il n'y avait plus qu'une simple passion et Sybil était pour lui le symbole de tout ce qu'il y a de bon et de noble.
Un moment, il éprouva une répugnance naturelle contre l'oeuvre qu'il était appelé à accomplir, mais bientôt cette impression s'effaça. Son coeur lui dit que ce n'était pas là un crime, mais un sacrifice: sa raison lui rappela que nulle autre issue ne lui était ouverte. Il fallait qu'il choisisse entre vivre pour lui et vivre pour les autres et, si terrible, sans nul doute, que fût la tâche qui s'imposait à lui, pourtant il savait qu'il ne devait pas laisser l'égoïsme triompher de l'amour, tôt ou tard, chacun de nous est appelé à résoudre ce même problème: la même question est posée à chacun de nous.
Pour lord Arthur, elle se posa de bonne heure dans la vie, avant que son caractère ait été entamé par le cynisme, qui calcule, de l'âge mûr, ou que son coeur fût corrodé par l'égoïsme superficiel et élégant de notre époque, et il n'hésita pas à faire son devoir.
Heureusement pour lui aussi, il n'était pas un simple rêveur, un dilettante oisif. S'il eût été tel, il eût hésité comme Hamlet et permis que l'irrésolution ruinât son dessein. Mais il était essentiellement pratique. Pour lui, la vie c'était l'action, plutôt que la pensée.
Il possédait ce don rare entre tous, le sens commun.
Les sensations cruelles et violentes de la soirée de la veille s'étaient maintenant tout à fait effacées et c'était presque avec un sentiment de honte qu'il songeait à sa marche folle, de rue en rue, à sa terrible agonie émotionnelle.