Hallward pâlit et prit sa main.

—Dorian! Dorian, cria-t-il, ne parlez pas ainsi! Je n'eus jamais un ami tel que vous et jamais je n'en aurai un autre! Vous ne pouvez être jaloux des choses matérielles, n'est-ce pas? N'êtes-vous pas plus beau qu'aucune d'elles?

—Je suis jaloux de toute chose dont la beauté ne meurt pas. Je suis jaloux de mon portrait!... Pourquoi gardera-t-il ce que moi je perdrai. Chaque moment qui passe me prend quelque chose, et embellit ceci. Oh! si cela pouvait changer! Si ce portrait pouvait vieillir! Si je pouvais rester tel que je suis!... Pourquoi avez-vous peint cela? Quelle ironie, un jour! Quelle terrible ironie!

Des larmes brûlantes emplissaient ses yeux.... Il se tordait les mains. Soudain il se précipita sur le divan et ensevelit sa face dans les coussins, à genoux comme s'il priait....

—Voilà votre oeuvre, Harry, dit le peintre amèrement.

Lord Henry leva les épaules.

—Voilà le vrai Dorian Gray vous voulez dire!...

—Ce n'est pas....

—Si ce n'est pas, comment cela me regarde-t-il alors?...

—Vous auriez dû vous en aller quand je vous le demandais, souffla-t-il.