Quand il s'agit du roman ou du drame, genres auxquels le public s'intéresse, les effets que produit la dictature populaire ont été absolument ridicules. Il n'est pas de pays qui produise des oeuvres de fiction aussi méchamment écrites, aussi ennuyeuses, aussi banales, des pièces de théâtre aussi sottes, aussi vulgaires que l'Angleterre.

Et cela est inévitable.

L'idéal populaire est d'une nature telle que nul artiste ne peut y atteindre.

Il est à la fois très aisé et très malaisé d'être un romancier populaire.

C'est chose trop aisée, parce que les exigences du public, au point de vue de l'intrigue, du style, de la psychologie, de la façon de décrire la vie, de l'exécution littéraire, sont à la portée des facultés les plus simples, de l'esprit le plus dépourvu de culture.

C'est chose trop malaisée, parce que l'artiste qui voudrait obéir à ces exigences, devrait faite violence à son tempérament, se verrait obligé d'écrire non plus pour la joie artistique d'écrire, mais pour l'amusement de gens à demi éduqués. Il lui faudrait donc renoncer à son individualisme, oublier sa culture, annihiler son style, abandonner tout ce qui, en lui, a quelque valeur.

À l'égard du drame, la situation est un peu meilleure.

Les amateurs de théâtre veulent bien qu'on leur montre des choses évidentes; mais ils ne veulent pas de choses ennuyeuses.

La pièce burlesque et la comédie-farce qui sont les deux formes les plus populaires, ont un caractère artistique marqué. On peut créer des oeuvres charmantes dans les genres du burlesque et de la farce, et l'artiste jouit en Angleterre, d'une très grande liberté, dans les pièces de cette sorte.

C'est quand il s'agit des formes dramatiques plus élevées que se fait sentir l'influence du contrôle populaire. La seule chose que le public ne puisse pas souffrir, c'est la nouveauté.