Au point de vue du sujet, une oeuvre d'art saine est celle où le choix du sujet est déterminé par le tempérament de l'artiste, et en provient directement.

En somme, une oeuvre d'art saine est celle qui réunit la perfection et la personnalité. Naturellement il est impossible de séparer, dans une oeuvre d'art, la forme et la substance; elles ne font jamais qu'un. Mais si nous voulons nous livrer à l'analyse, si nous écartons un instant l'unité de l'impression esthétique, notre intelligence peut les considérer séparément ainsi.

Une oeuvre d'art malsaine, d'autre part, c'est une oeuvre dont le style est facile, vieillot, commun, dont le sujet a été choisi à dessein, non point d'après le plaisir que l'artiste éprouverait à le traiter, mais d'après ce qu'il compte en tirer de profit pécuniaire, de la part du public.

En réalité, le roman populaire que le public qualifie de sain, est toujours une production profondément malsaine, et ce que le public qualifie de roman malsain est toujours une oeuvre d'art belle et saine.

J'ai à peine besoin de dire que je ne veux pas, même un seul instant, me plaindre du mauvais usage que le public et la presse font de ces mots. Je ne sais pas comment ils arriveraient à les employer avec justesse étant dépourvus de toute compréhension de ce qui est l'art.

Je me borne à signaler le mauvais usage; quant à l'origine du mauvais usage, quant à la signification qui se cache derrière tout cela, l'explication est des plus simples.

Elle se résume dans une conception barbare de l'autorité. Elle vient de la naturelle inaptitude d'une société corrompue par l'autorité à comprendre, à apprécier l'individualisme.

En un mot, elle vient de cet être monstrueux et ignorant qui s'appelle l'opinion publique, qui se montre si mauvais dans une bonne intention quand il s'évertue à diriger l'action; mais qui est infâme dans ses actes comme dans ses intentions, quand il prétend contrôler la pensée ou l'art.

Il y aurait même beaucoup plus de choses à dire en faveur de la force matérielle du public, qu'en faveur de l'opinion publique. Le premier peut être raffiné; l'autre doit être imbécile.

On dit souvent que la force est un argument. Mais cela dépend de ce qu'on cherche à prouver.