On dira encore d'un homme qu'il est égoïste, parce qu'il vit à la façon qui lui parait la plus favorable au développement complet de sa personnalité, lorsqu'il donne pour but essentiel à sa vie ce développement. Mais c'est de cette façon-là que tout le monde devrait vivre.

L'égoïsme ne consiste point à vivre comme on le veut, mais à demander que les autres conforment leur genre de vie à celui qu'on veut suivre.

Le défaut d'égoïsme consiste à laisser les autres vivre à leur gré, sans se mêler de leur existence.

L'homme sans égoïsme sera enchanté de voir autour de lui une infinie variété de types. Il s'en accommode. Il ne demande pas mieux. Il y prend plaisir.

Un homme qui ne pense point à soi, ne pense point du tout.

C'est faire preuve d'un grossier égoïsme, d'exiger de votre voisin qu'il pense comme vous, qu'il ait les mêmes opinions. Pourquoi le ferait-il? S'il pense, il est très probable qu'il pensera autrement que vous. S'il ne pense point, c'est monstrueux d'exiger de lui une pensée quelconque.

Une rose rouge n'est point égoïste parce qu'elle veut être une rose rouge. Elle serait d'un égoïsme horrible, si elle prétendait que toutes les autres fleurs du jardin fussent des roses, et de couleur rouge.

Sous l'individualisme, les gens seront parfaitement naturels, absolument dépourvus d'égoïsme. Ils connaîtront le sens des mots, et ils l'exprimeront dans la liberté et la beauté de leurs existences.

Les hommes ne seront pas non plus égotistes comme de nos jours, car l'égotiste est celui qui prétend avoir des droits sur les autres, l'individualisme ne désirera rien de tel, il n'y saurait trouver aucun plaisir.

Quand l'homme aura compris l'individualisme, il comprendra également la sympathie et l'exercera librement, spontanément.