Même quand ils le peignent crucifié, ils le représentent comme un dieu de beauté auquel de méchants hommes ont infligé la souffrance.
Mais il ne les absorbait pas beaucoup.
Ce qu'ils représentaient avec plaisir, c'étaient les hommes et les femmes qu'ils admiraient. Ils se plaisaient à montrer tout le charme de ce globe enchanteur.
Ils firent beaucoup de tableaux religieux; et même ils en firent beaucoup trop. La monotonie du type et du sujet est chose fatigante; elle nuisit à l'art. Elle était imputable à l'autorité que le public exerçait dans les choses d'art, et on doit la déplorer. Mais ils ne mettaient point leur âme dans le sujet.
Raphaël fut un grand artiste quand il fit le portrait du pape. Lorsqu'il peignait ses Madones et ses Christs enfants, il n'était plus du tout un grand artiste.
Le Christ n'avait rien à dire à la Renaissance.
Elle était merveilleuse parce qu'elle apportait un idéal différent du sien.
Aussi devons-nous recourir à l'art médiéval pour trouver la représentation du véritable Christ.
Il y figure comme un homme mutilé, abîmé de coups, un homme sur lequel les regards n'ont point de plaisir à se porter, parce que la beauté est une joie, un homme qui n'est point vêtu richement, parce que c'est là aussi une joie. C'est un mendiant qui a une âme admirable. C'est un lépreux dont l'âme est divine. Il ne lui faut ni propriété ni santé. C'est un dieu qui atteint à la perfection par la souffrance.
L'évolution de l'homme est lente. L'injustice des hommes est grande. Il était nécessaire que la douleur fût mise au premier rang comme mode de réalisation de soi-même.