De nos jours encore, la mission du Christ est nécessaire.
Personne, dans la Russie Moderne, n'eût pu réaliser sa perfection autrement que par la souffrance. Un petit nombre d'artistes russes se sont individualisés dans l'Art, dans une fiction qui est médiévale par le caractère, parce que la note qui y domine, est le développement des hommes grâce à la souffrance. Mais pour ceux qui ne sont pas des artistes et pour lesquels il n'y a pas d'autre genre de vie que celui de la réalité, la douleur est la seule porte qui s'ouvre vers la perfection.
Un Russe, qui se trouve heureux sous le système actuel de gouvernement qui règne en Russie, doit croire ou bien que l'homme n'a pas d'âme, ou bien que s'il en a une, elle ne vaut pas la peine d'évoluer.
Un nihiliste, qui rejette toute autorité, parce qu'il sait que toute autorité est mauvaise, et qui fait bon accueil à la souffrance, parce que grâce à elle, il réalise sa personnalité, est un véritable chrétien.
Pour lui, l'idéal chrétien est une vérité.
Et pourtant le Christ ne se révolta point contre les autorités.
Il reconnaissait l'autorité de l'empereur dans l'Empire Romain, et lui payait tribut. Il supportait l'autorité spirituelle de l'Église juive, et se refusait à repousser la violence par la violence.
Comme je l'ai dit plus haut, il n'avait aucun plan pour la reconstruction de la société.
Mais le monde moderne a des plans.
Il compte en finir avec la pauvreté et les souffrances qu'elle amène. Il espère en finir avec la douleur, et les maux qu'amène la douleur. Il s'en rapporte au socialisme et à la science; il compte sur leurs méthodes.