Je trouvai un jeune homme pâle, intéressant, avec une femme de mine assez banale, un modèle, ainsi que je l'appris par la suite.
Je lui dis combien j'avais admiré ses dessins, ce qui me parut lui être très agréable, et je lui demandai s'il pourrait me montrer quelque autre de ses oeuvres.
Comme nous feuilletions un portefeuille rempli de choses réellement ravissantes, - car Merton avait une touche très délicate et tout à fait délicieuse, -j'aperçus tout à coup une esquisse du portrait de monsieur W. H. Il n'y avait aucun doute à concevoir à ce sujet.
C'était presque un fac-simile: la seule différence était que les masques de la tragédie et de la comédie n'étaient pas suspendus à la table de marbre, comme dans le portrait, mais gisaient sur le plancher aux pieds du jeune homme.
- Où diable avez-vous déniché cela? dis-je.
Il devint un peu confus et répondit:
- Ce n'est rien. Je ne savais pas que ce dessin était dans le portefeuille. C'est une chose sans valeur aucune.
- C'est ce que vous avez fait pour monsieur Cyril Graham, s'écria sa maîtresse. Si ce monsieur veut l'acheter, pourquoi ne pas le lui vendre?
- Pour monsieur Cyril Graham, répétai-je. Avez-vous peint le portrait de monsieur W. H.?
- Je ne sais ce que vous voulez dire, répliqua-t'il, en devenant très rouge.