- Boum!

Pris de terreur panique, - ce qui était bien naturel dans la circonstance, - il se précipita du côté de l'escalier; mais il s'y trouva en face de Washington Otis, qui l'attendait armé du grand arrosoir du jardin, si bien que cerné de tous côtés par ses ennemis, réduit presque aux abois, il s'évapora dans le grand poêle de fonte, qui, par bonheur pour lui n'était point allumé, et il se fraya un passage jusque chez lui, à travers tuyaux et cheminées, et arriva à son domicile, dans l'état terrible où l'avaient mis la saleté, l'agitation, et le désespoir.

Depuis on ne le revit jamais en expédition nocturne.

Les jumeaux se mirent maintes fois à l'affût pour le surprendre, et semèrent dans les corridors des coquilles de noix tous les soirs, au grand ennui de leurs parents et des domestiques, mais ce fut en vain.

Il était évident que son amour-propre avait été si profondément blessé, qu'il ne voulait plus se montrer.

En conséquence, M. Otis se remit à son grand ouvrage sur l'histoire du parti démocratique, qu'il avait commencé trois ans auparavant.

Mrs Otis organisa un extraordinaire clam-bake[27], qui mit tout le pays en rumeur.

Les enfants s'adonnèrent aux jeux de «la crosse», de l'écarté du poker, et autres amusements nationaux de l'Amérique.

Virginia fît des promenades à cheval par les sentiers, en compagnie du jeune duc de Cheshire, qui était venu passer à Canterville la dernière semaine de vacances.

Tout le monde supposait que le fantôme avait disparu; de sorte que M. Otis écrivit à lord Canterville une lettre pour l'en informer, et reçut en réponse une autre lettre où celui-ci lui témoignait le plaisir que lui avait causé cette nouvelle, et envoyait ses plus sincères félicitations à la digne femme du ministre.