Tous les gens charmants, j'imagine, sont horriblement gâtés. C'est le secret de leur attraction.

Pourtant il me faut vous parler du jeu de Cyril.

Vous savez que l' A. D. C. ne fait accueil sur sa scène à aucune actrice, du moins, c'était ainsi de mon temps; je ne sais comment les choses se passent aujourd'hui.

Eh bien! tout naturellement Cyril était toujours choisi pour les rôles de jeunes filles et, quand on donna _Comme il vous plaira, _ce fut lui qui joua Rosalinde.

L'exécution fut merveilleuse.

En fait, Cyril Graham était la seule Rosalinde parfaite que j'aie jamais vue. Il me serait impossible de vous décrire la beauté, la délicatesse, le raffinement en tous points de son jeu.

Il fit une énorme sensation et l'horrible petit théâtre - ce n'était pas autre chose alors - était comble chaque soir.

Même quand je lis la pièce maintenant, je ne puis m'empêcher de songer à Cyril. Elle eût pu être faite pour lui.

L'année suivante, il prit ses grades et vint à Londres se préparer à la carrière diplomatique. Mais il ne travaillait jamais. Il passait ses journées à lire les _Sonnets _de Shakespeare et ses soirées à fréquenter le théâtre.

Il avait certes une envie folle de monter sur les planches. Lord
Crediton et moi, nous fîmes tous nos efforts pour l'en empêcher.