Peut-être s'il s'était mis à jouer, il serait encore vivant.
C'est toujours une chose sotte que de donner des conseils, mais donner de bons conseils est absolument question de chance. Je vous souhaite de ne jamais tomber dans l'erreur de vouloir conseiller. Si vous le faites, vous aurez à le regretter.
Eh bien! pour en venir au vrai noeud de cette histoire, un jour je reçus une lettre de Cyril dans laquelle il me demandait de passer chez lui le soir.
Il avait un délicieux appartement à Piccadilly avec vue sur le Green Park, et, comme j'avais l'habitude d'aller le voir tous les jours, je fus un peu surpris qu'il eût pris la peine de m'écrire.
Naturellement j'allai chez lui et, quand j'arrivai, je le trouvai dans un état de grande surexcitation.
Il me dit qu'il avait enfin découvert le vrai secret des _Sonnets _de Shakespeare, que tous les lettrés et les critiques avaient fait fausse route et qu'il était le premier qui, travaillant uniquement d'après l'évidence des faits, avait élucidé qui était réellement monsieur W. H.
Il était tout à fait fou de joie et il demeura longtemps sans vouloir me dire sa théorie.
Enfin, il exhiba un paquet de notes, prit son exemplaire des _Sonnets _sur sa cheminée, s'assit et me fît une longue conférence sur toute la question.
Il débuta par établir que le jeune homme, à qui Shakespeare adressait ces poèmes étrangement passionnés, devait être quelqu'un qui avait été réellement un facteur vital dans le développement de son art dramatique et que ni lord Pembroke ni lord Southampton ne se trouvaient dans ce cas.
En outre, à tout prendre, ce ne pouvait être un homme de haute naissance, comme il résulte abondamment du sonnet 25, dans lequel Shakespeare le met en parallèle avec ceux qui sont les favoris de _grands princes _et dit avec une entière franchise: