Que ceux qui sont en faveur auprès de leurs étoiles se parent des honneurs publics et des titres superbes, tandis que moi, que la fortune prive de tels triomphes, je jouis d'un bonheur inespéré qui est pour moi l'honneur suprême,
et termine le sonnet en se félicitant de la condition médiocre de celui qu'il adorait tant.
Heureux suis-je donc, moi qui aime et suis aimé, sans pouvoir infliger la disgrâce ni la subir.
Cyril déclarait que ce sonnet serait tout à fait inintelligible si nous imaginions qu'il était adressé soit au comte de Pembroke, soit au comte de Southampton qui, tous deux, étaient des hommes de la plus haute situation en Angleterre et pleinement en droit d'être qualifiés de «grands princes».
Pour appuyer cette opinion, il me lut les sonnets 124 et 125, dans lesquels Shakespeare nous dit que son amour n'est pas _un enfant royal, _qu'il _n'est pas gêné par la pompe souriante, _mais qu'il a été élevé loin de tout accident.
J'écoutais avec un très grand intérêt, car je ne crois pas que la remarque eut été faite jusque-là; mais ce qui suivit était encore plus curieux et me sembla alors solutionner complètement la cause de Pembroke.
Nous avons appris de Meres [8] que les _Sonnets _ont été écrits avant 1598 et le sonnet 104 nous informe que l'amitié de Shakespeare pour monsieur W. H. existait déjà depuis trois ans. Or, lord Pembroke, qui était né en 1580, n'est pas venu à Londres avant sa dix-huitième année, c'est-à-dire avant 1598 et la liaison de Shakespeare avec monsieur W. H. doit avoir commencé en 1594 ou au début de 1595. En conséquence, Shakespeare n'a pu connaître lord Pembroke qu'après avoir écrit les Sonnets.
Cyril remarqua aussi que le père de Pembroke ne mourut pas avant 1601; tandis qu'il résulte du vers:
Vous avez eu un père; puisse votre fils en dire autant,
que le père de monsieur W. H. était mort en 1598.