HÉRODIAS. Ah! Ah! Je voudrais bien voir ce jour dont il parle, où la lune deviendra comme du sang et où les étoiles tomberont sur la terre comme des figues vertes. Ce prophète parle comme un homme ivre . . . Mais je ne peux pas souffrir le son de sa voix. Je déteste sa voix. Ordonnez qu’il se taise.
HÉRODE. Mais non. Je ne comprends pas ce qu’il a dit, mais cela peut être un présage.
HÉRODIAS. Je ne crois pas aux présages. Il parle comme un homme ivre.
HÉRODE. Peut-être qu’il est ivre du vin de Dieu!
HÉRODIAS. Quel vin est-ce, le vin de Dieu? De quelles vignes vient-il? Dans quel pressoir peut-on le trouver?
HÉRODE. [Il ne quitte plus Salomé du regard.] Tigellin, quand tu as été à Rome dernièrement, est-ce que l’empereur t’a parlé au sujet . . .?
TIGELLIN. A quel sujet, Seigneur?
HÉRODE. A quel sujet? Ah! je vous ai adressé une question, n’est-ce pas? J’ai oublié ce que je voulais savoir.
HÉRODIAS. Vous regardez encore ma fille. Il ne faut pas la regarder. Je vous ai déjà dit cela.
HÉRODE. Vous ne dites que cela.