HÉRODIAS. Je suis bien contente que vous soyez de si belle humeur, ce soir. Ce n’est pas dans vos habitudes. Mais il est tard. Rentrons. Vous n’oubliez pas qu’au lever du soleil nous allons tous à la chasse. Aux ambassadeurs de César il faut faire tout honneur, n’est-ce pas?
LE SECOND SOLDAT. Comme il a l’air sombre, le tétrarque.
LE PREMIER SOLDAT. Oui, il a l’air sombre.
HÉRODE. Salomé, Salomé, dansez pour moi. Je vous supplie de danser pour moi. Ce soir je suis triste. Oui, je suis très triste ce soir. Quand je suis entré ici, j’ai glissé dans le sang, ce qui est d’un mauvais présage, et j’ai entendu, je suis sûr que j’ai entendu un battement d’ailes dans l’air, un battement d’ailes gigantesques. Je ne sais pas ce que cela veut dire . . . Je suis triste ce soir. Ainsi dansez pour moi. Dansez pour moi, Salomé, je vous supplie. Si vous dansez pour moi vous pourrez me demander tout ce que vous voudrez et je vous le donnerai. Oui, dansez pour moi, Salomé, et je vous donnerai tout ce que vous me demanderez, fût-ce la moitié de mon royaume.
SALOMÉ [se levant] Vous me donnerez tout ce que je demanderai, tétrarque?
HÉRODIAS. Ne dansez pas, ma fille.
HÉRODE. Tout, fût-ce la moitié de mon royaume.
SALOMÉ. Vous le jurez, tétrarque?
HÉRODE. Je le jure, Salomé.
HÉRODIAS. Ma fille, ne dansez pas.