A l’intérieur du pays, dans les cercles où le sultan n’a aucune propriété particulière, l’amil est débarrassé du contrôle de l’amin, et administre d’une manière indépendante la caisse qui lui est confiée.
L’amil, pas plus que son chalifa, ne sont rétribués, ou du moins les indemnités que quelques-uns d’entre eux reçoivent, pour l’entretien de leurs chevaux par exemple, sont si minimes qu’elles ne peuvent passer pour un traitement. Leur plus haute rémunération ne monte qu’à quarante douros espagnols (200 francs) par mois ; la grande majorité n’en reçoivent aucune, de sorte que ceux de ces fonctionnaires qui n’ont aucune fortune en sont réduits à vivre de moyens irréguliers. Aussi n’est-ce pas un secret que l’appui administratif des amils et de leurs chalifas doit être toujours acheté par des présents, et que le plus généreux est d’ordinaire plus énergiquement soutenu par l’amil, ou a gain de cause auprès de lui. Du reste, ils se créent des bénéfices en répartissant et en levant sur leurs administrés une somme plus forte que celle qui doit être envoyée à la caisse centrale de Fez. Ils donnent pour prétexte à cet abus qu’ils doivent couvrir par des contributions plus élevées les pertes qui viendraient à se produire au moment du payement.
Les oumana sont mieux traités comme solde : il y a toujours deux oumana dans les bureaux de douane des ports : l’un vient de Fez, et l’autre est choisi parmi les notables du lieu. Le premier reçoit trois douros par jour, le second deux douros. L’amin envoyé de Fez est celui dont j’ai parlé plus haut, et il détient toujours la deuxième clef de la caisse de l’amil du cercle ; d’ailleurs le deuxième amin prend également part à la revision des comptes et au contrôle de cette caisse.
Les oumana de l’intérieur du pays, qui ont à surveiller les entreprises de culture du sultan et ne prennent part à l’administration de la caisse de l’amil que quand ils vivent par hasard dans le même lieu, ont le droit de tirer, selon leurs besoins, du domaine qu’ils surveillent les objets d’alimentation nécessaires. Ils reçoivent tout au plus un traitement de dix douros par mois, mais le peu d’importance de cette somme est compensé par l’habitude où est le sultan de leur faire des présents extraordinaires quand il est content d’eux.
On voit qu’en principe l’administration de l’empire Marocain est très bonne et fort appropriée aux circonstances. Dans la pratique il en est malheureusement tout autrement. Le fait surtout que les amils ne reçoivent presque jamais de traitement, et au contraire doivent donner au sultan, en revêtant leur charge, des sommes souvent fort importantes, conduit naturellement à toutes sortes d’injustices et d’irrégularités dans la levée des impôts ; aussi la population des campagnes souffre-t-elle lourdement de cette mauvaise administration.
CHAPITRE XIII
L’ÉTAT MAROCAIN (Fin).
Les finances. — Les recettes. — Propriétés privées. — Présents. — Dîmes. — Amendes. — Douanes. — Octrois. — Monopoles. — Fondations ecclésiastiques. — Impôt des Juifs. — Monnaies. — Dépenses. — Dettes de l’État. — Affaires militaires. — Bochari. — Machazini. — Askar. — Tobdjiyah. — Bahariyah. — Harkah. — Culture et élevage. — Richesses minérales. — Industrie. — Constructions. — Commerce et navigation. — Indépendance de l’empire. — Instruction publique.
Finances. Recettes et dépenses. — Jusqu’à l’avènement du dernier souverain, les finances de l’empire étaient administrées par un surintendant général, qui portait le titre d’aminel-oumana et habitait Fez. Cette fonction a été réunie à celle du Hadjib es-sultan, Mouça ben Achmed, aujourd’hui mort.