Sous ses ordres était un trésorier, Hadj Abd el-Kerim Bericha, qui administrait la caisse, mais n’avait aucun rapport direct avec le sultan. Mouça ben Achmed, de même qu’aujourd’hui son successeur, présentait au sultan toutes les questions financières et faisait rédiger ses décisions par ses quatre secrétaires.
Le trésorier n’a qu’à exécuter les ordres du sultan. Toutes les sommes payées par les amils affluent dans cette caisse générale, aussi bien que les autres recettes, que celles-ci proviennent des domaines ou des revenus publics proprement dits. La séparation entre la propriété de l’État et celle du souverain s’arrête là ; elle n’existe à l’origine qu’en tant que les amils n’ont pas la libre disposition des revenus domaniaux qui sont versés entre leurs mains.
Les principales sources de recettes sont les suivantes :
1o Les produits du domaine privé du sultan, dont j’ai déjà parlé ;
2o Les présents (hadiyah), qui sont apportés, avec les souhaits des habitants, à la grande fête mahométane du Rhamadan, vers la fin du mois de jeûne, à l’Aïd el-Kebir (le Kourban Béiram des Turcs) et à la fête de la naissance du Prophète (Aïd el-Maoulad), de toutes les villes et de tous les amalât de l’empire.
Ces présents sont très considérables, se renouvellent trois fois dans l’année et consistent, pour les villes, en marchandises, draps, étoffes de soie, mousselines fines, vêtements brodés d’or et en argent monnayé. A chaque fête Tanger envoie, outre les étoffes dont j’ai parlé, quatre caisses d’argent.
Les villes sont partagées en haoumât (quartiers) ; Tanger en a quatre. A la tête de chaque haoumâh se trouve un chef (moukaddim). En tant que villes, elles n’ont d’autre autorité suprême que l’amil de l’amalâh ; on ne connaît pas l’institution des maires, et les moukaddim sont simplement les fonctionnaires du chef de district (amil). Quand approche l’époque de l’envoi des présents au sultan, l’amil invite les moukaddims, et ceux-ci les habitants, à des contributions plus ou moins volontaires, et ajoute lui-même son hadiyah, qui consiste souvent en sommes fort importantes, quand il ne se sent pas très assuré de son poste.
Dans les districts voisins de la résidence, les amils remettent en personne leurs présents ; ceux qui habitent au loin envoient des députations de trois ou quatre notables.
Les envoyés de toutes les amalât se rendent en procession au palais du sultan le jour de la fête, précédés par les soldats du district, les machazini, qui portent les présents sur leurs têtes. Cette députation les remet au sultan et lui présente ses souhaits.
Le souverain reçoit en personne les ayadah (ceux qui souhaitent le bonheur), et leur donne en échange des vêtements d’honneur et de petits présents.