Le marché du vendredi est tenu sur la place de Djma el-Fna, que j’ai déjà citée.
La ville a différents bazars : deux kaïsseria, où l’on vend des étoffes étrangères et des ustensiles ; le Soko el-Atarin (Marché des Épices), pour la vente du sucre, des épices, des drogues, etc., et un Soko Smata pour les travaux de cuir. Les autres artisans sont répartis dans certaines rues et dans certains foundâqs.
La mellah (quartier des Juifs) est très étendue. Les Juifs sont exposés aux chicanes et aux humiliations les plus grandes, et la visite du célèbre promoteur de l’Alliance israélite, sir Moses Montefiore, n’y a rien changé.
Tous les produits du sol sont soumis à un impôt (enkess), et les revenus en sont assez importants. Le marché aux grains, où se vend aussi le sel, se trouve au milieu de la ville et se nomme Rhaba. Tout près est le Soko el-Ghezel, marché des tissus et des fils, où à certains jours se vendent aussi des esclaves.
Lambert comptait en 1860 environ 50000 habitants pour la ville de Marrakech et établissait la liste que je reproduis ci-après, parce qu’elle représente en général la population d’une ville marocaine.
| Négociants en gros | 100 | |
| Marchands (tissus etépices) | 500 | |
| — | (étoffes d’habillement et tapis) | 300 |
| — | d’huile, de bois, de charbon, depoterie | 1000 |
| Fabricants d’étoffesd’habillement et de tapis,etc | 800 | |
| Forgerons, charpentiers,quincailliers, etc | 350 | |
| Fabricants et marchands decordons, etc | 250 | |
| Tanneurs, cordonniers,savetiers | 1500 | |
| Savants et étudiants | 800 | |
| Prêtres et notaires | 150 | |
| Agriculteurs etpropriétaires | 1200 | |
| Maçons, manouvriers,portefaix | 2500 | |
| Meuniers et bouchers | 600 | |
| Mendiants et vagabonds | 1500 | |
| Employés du gouvernement | 400 | |
| Nègres du gouvernement | 2000 | |
| Soldats | 2000 | |
| Machazini (soldatsvassaux) | 500 | |
| Total | 16450 | |
Si l’on ajoute à ce chiffre un nombre égal de femmes, une quantité d’enfants correspondante et environ 6000 Juifs, on a, à peu près, le chiffre de 50000 âmes. Beaucoup d’habitants ont, il est vrai, plusieurs femmes, mais la majorité doit se contenter d’une, les gens aisés pouvant seuls se permettre ce luxe.
Marrakech n’est pas une ville industrielle comme Fez, et ses produits ne jouissent pas d’une réputation aussi grande que ceux des autres villes, comme Rabat et Tétouan.
On y compte une centaine de moulins, qui sont mus par des chevaux, et près de quatre-vingts fours publics. Il y a également un certain nombre de bains publics.
Comme monuments se faisant remarquer par leur beauté architecturale, il n’y a que la Koutoubia, la grande mosquée, qui mérite d’être citée ; les autres mosquées sont de vastes bâtiments sans mérite particulier. On raconte que l’une des portes de la mosquée el-Mouezzim de même que la Bab (porte) el-Chmis viennent d’Espagne et en ont été apportées par le sultan Mansour, ainsi que la porte conduisant à la kasba, qui vient, dit-on, morceau par morceau, d’Algésiras.