1878. Gorée et Dakar sont reliés par la télégraphie aérienne. — Études des projets de conduite d’eau du marigot de Khassak et du chemin de fer reliant la capitale à Dakar. — Voyage d’exploration de Soleillet dans les contrées voisines.
1879. Création d’un conseil général au Sénégal. — Construction d’un poste à Bafoulabé sur le haut Sénégal.
Depuis 1879 jusqu’à ce jour il a été fait des efforts extraordinaires pour le progrès de la colonie, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. La mission Galliéni, envoyée à Ségou, ainsi que les expéditions suivantes, dirigées par le colonel Derrien, ont exploré exactement le pays situé entre le Niger et le Sénégal ; on a fondé des postes jusqu’au delà de Bafoulabé ; on a posé des fils télégraphiques, et même commencé la construction d’une voie ferrée. La politique suivie à l’égard des souverains du Cayor a été énergique : ils s’opposaient à la construction absolument urgente d’un chemin de fer de Dakar à Saint-Louis ; cette voie doit être bientôt livrée à la circulation[19] ; on a également beaucoup fait pour l’administration intérieure, et Saint-Louis a considérablement gagné : c’est aujourd’hui une ville où l’on peut vivre aussi bien que dans une cité européenne. On y trouve, comme en Europe, hôtels, cafés, clubs, francs-maçons, hôpitaux, écoles, églises, jardins publics, et il règne un confort tout moderne dans ses maisons. Quand l’installation des conduites d’eau sera terminée, l’état sanitaire s’améliorera sans doute, car on pourra s’occuper davantage de la propreté des rues ; il est vrai que la fièvre jaune paraît être devenue endémique à Saint-Louis et qu’il faudra longtemps pour l’en faire disparaître. La difficulté si gênante des communications, qui résulte du peu de facilité d’accès du port, sera tournée par l’établissement du chemin de fer de Dakar ; plusieurs grands ponts permettent les relations avec les localités des environs, et pendant la majeure partie de l’année les vapeurs remontent le fleuve jusque fort avant dans l’intérieur. Dans la population règne, comme partout en général chez les Français, une vie politique très active, et l’on croit que la ville ainsi que la colonie se développeraient encore plus vite si des gouverneurs civils remplaçaient l’administration militaire. Je ne puis décider si le Sénégal est mûr pour ce changement ; en tout cas une colonie voisine d’une population indigène belliqueuse doit être soumise à une administration militaire, avant de pouvoir être gouvernée comme la mère patrie.
Le traité qui suit peut donner une idée de la manière dont les Français concluent des traités avec les indigènes.
TRAITÉ AVEC LE FOUTA[20].
Gloire à Dieu, Maître des Mondes, créateur de tout ce qui existe dans les cieux et sur la terre !
Au nom du Gouvernement Français,
Entre nous, G. Brière de l’Isle, colonel d’infanterie de marine, commandeur de la Légion d’honneur, gouverneur du Sénégal et dépendances, représenté par M. le lieutenant-colonel d’infanterie de marine Reybaud, chevalier de la Légion d’honneur, commandant supérieur des troupes, d’une part, et les différents chefs du Fouta, tous électeurs de l’almamy, d’autre part, a été conclu :
Art. 1er. — Le Fouta, prenant la ferme résolution de vivre en paix avec les Français, s’engage à observer religieusement les traités du 15 août 1859, du 10 août 1853 et du 5 novembre 1864, ainsi que les modifications qui vont y être apportées par la stipulation suivante :
Art. 2. — Le pays du Lao, commandé actuellement par Ibra-Almamy, qui s’étend depuis Ouandé et Koïlel dans l’ouest, jusqu’à M’boumba dans l’est, ainsi que le pays des Irlabés, commandé actuellement par Ismaïla, comprenant les villages de Oualla, Vacétaki, N’gouye, Saldé, Peté, désirant rester, à l’avenir, en dehors de toutes les agitations politiques, si nombreuses dans le Fouta, les chefs du Fouta reconnaissant solennellement un fait déjà accompli en réalité depuis plusieurs années, celui de la séparation de ces deux pays du reste du Fouta.