CHAPITRE PREMIER
VOYAGE A FOUM EL-HOSSAN, A L’OUED DRAA ET A TENDOUF.
Départ d’Ilerh. — Les chameaux. — Agadir. — Nouveau guide. — Pays dangereux. — Amhamid. — Oued Oudeni. — Coupeurs de route. — Source sulfureuse. — Oued Temenet. — Arrivée à Tizgui. — Pétroglyphes. — Ruines romaines. — Le cheikh Ali. — Départ de mes serviteurs et des chourafa. — Lettres de Sidi Housséin. — Départ de l’oued Draa. — Oum el-Achar. — Lit de l’oued Draa. — Pays de l’oued Draa. — Les habitants. — Oued Merkala. — Formes d’érosion. — Hamada. — Chacals. — Pluies violentes. — Le chérif de Tendouf. — Hadj Hassan. — Le guide Mohammed. — La ville de Tendouf. — Les habitants. — Kafla el-Kebir. — Préparatifs pour le voyage du désert. — Bivouac.
J’ai décrit dans les pages précédentes les préparatifs que nous avions faits avant d’entreprendre notre voyage au désert. Jusqu’au dernier moment Sidi Housséin avait manifesté sa mauvaise volonté envers nous par des chicanes de tout genre ; seule la crainte l’empêchait de s’opposer ouvertement à nos projets.
Le 4 avril 1880, vers onze heures du matin, nous pûmes enfin quitter une ville pour laquelle nous avions tous ressenti une crainte plus ou moins grande, et que dès Marrakech on nous avait dépeinte comme la partie la plus dangereuse de toute notre route. Nous conduisîmes nos chameaux lourdement chargés jusqu’en dehors de la ville, ce qui ne fut pas fort aisé. Soit que mes gens ne fussent pas encore assez exercés au chargement de ces animaux, soit pour tout autre motif, il fallut arrêter notre caravane dans une rue étroite et mieux placer nos bagages, ce qui rassembla une foule de peuple. Nous y trouvâmes quelques Juifs, parents de Mardochai es-Serrour d’Akka. Comme j’avais pour cette famille des lettres de recommandation que Mardochai lui-même m’avait données autrefois à Paris, je les remis à ces gens, qui se déclarèrent prêts à faire tout pour moi. Mais j’avais assez séjourné dans ces pays pour connaître exactement la situation des Juifs : ils peuvent très peu de chose et dépendent complètement des Mahométans.
Enfin nous avions derrière nous la ville d’Ilerh, et nous nous trouvions à l’air libre, sur un grand plateau limité vers le sud par de puissantes chaînes de montagnes. Nous montâmes sur nos chameaux et je dus m’habituer à ce genre de coursiers.
Tout d’abord je ferai remarquer que l’on n’emploie ici que des chameaux de bât, tous à une seule bosse ; les rapides maharis, que l’on élève plus loin vers l’est, ne sont pas en usage ici. Ces maharis portent de petites selles en bois garnies de cuir rouge ; j’avais fait faire une selle de ce genre, mais je ne m’en servis pas. Nous montions sur nos chameaux tout chargés, car je trouvais ce procédé beaucoup plus commode. Leur paquetage est, autant que possible, divisé en deux parties de même poids, reliées entre elles au moyen de courroies et jetées sur le dos de l’animal après qu’une natte en paille, qui garnit également les flancs, y a été placée. Cette natte évite les blessures que produirait le frottement. Sur la charge ainsi répartie nous placions des tapis, des coussins, etc., et nous avions un espace assez large, où l’on pouvait s’asseoir commodément.
Je trouvai le mouvement du chameau assez agréable pendant la marche ; mais, par contre, je fus longtemps à m’habituer à être assis sur un animal aussi haut, sans rênes ni étriers et sans appui d’aucune sorte pour les mains et les pieds. Je ne perdis pas facilement le sentiment de malaise produit par le balancement ; tout d’abord ce mode de voyage me sembla fort désagréable, mais plus tard je m’en accommodai mieux.
A Ilerh les chameaux sont habitués à être montés quand ils sont couchés : au moment où se lèvent ces animaux si étrangement bâtis, on doit avoir soin de se placer dans une direction convenable. Il en est de même quand l’animal se couche et que l’on veut descendre. Les premières fois, à ce moment, je descendais régulièrement beaucoup plus vite que je ne le voulais.