«Dieu n'a pas besoin du mensonge, mais le mensonge a souvent besoin de Dieu, et il n'est jamais si puissant ni si pervers que lorsqu'il s'impose en son nom!»[16]

II

Par ses superbes conquêtes la science a dévoilé les sacrifices, les prières, les puissances occultes, les mystères par lesquels les Eglises exploitaient les hommes. Lasse d'être trompée sans cesse, la pauvre humanité commence à ouvrir les yeux et à se rendre compte des crimes des Eglises dont elle était victime. L'homme, éclairé par la lumière des sciences, s'aperçoit que les erreurs des Eglises étaient voulues, conscientes, engendrées parles mensonges des uns, par les intérêts lucratifs des autres. L'homme, aigri par les injustices, qui souffre d'inégalité sociale; les âmes tourmentées qui cherchent à apaiser, à la source qu'on appelle divine, leur soif de justice, d'idéal, d'infini, trouvent la désillusion auprès des représentants de ce Dieu invisible au nom duquel ils commettent tant d'horreur.

«Dix mille poissons partagés au nom d'une idole ne sauveraient pas une seule âme en détresse.»[17]

C'est au nom de ce Dieu, qu'on ne vient jamais en aide à un peuple frère dont la liberté et même la vie sont menacées. C'est au nom de ce Dieu que l'on s'arme à outrance pour détruire les peuples amis de la paix. C'est au nom de ce Dieu que l'on déchaîne des haines populaires contre ceux qui ne professent pas certaines idées religieuses. C'est au nom de ce Dieu qu'on laisse mourir de faim et de froid des milliers d'êtres humains tandis que les églises et les temples restent vides et que leurs coffres-forts regorgent d'or!

Les plus crédules commencent à comprendre que ce Dieu agonise et que ses représentants sont les plus terribles exploiteurs des âmes simples. Où donc est-il le Dieu infini, universel, vers lequel aspire l'humanité souffrante?

Héritiers de toutes les haines et de toutes les erreurs, les prêtres montent avec une incroyable audace à l'assaut de la société moderne, mais c'est en vain qu'ils cherchent partout dans le socialisme, dit chrétien, un modus vivendi pour reprendre leur omnipotence au sein des masses. Leurs hypocrisies sont déjà trop connues. Toutes les religions sont cruelles, toutes sont fondées sur le sang; car toutes reposent principalement sur l'idée du sacrifice, c'est-à-dire sur l'immolation perpétuelle de l'humanité à l'insatiable vengeance de la divinité. «Dans ce sanglant mystère, l'homme est toujours la victime, et le prêtre, homme aussi, mais homme privilégié, est le divin bourreau. Cela nous explique pourquoi les prêtres de toutes les religions, les meilleurs, les plus humains, les plus doux, ont presque toujours quelque chose de cruel.»[18]

Le clergé du théâtre d'Ibsen a le visage dur, un vent de sécheresse passe sur lui.... «Pour avoir la foi, il faut avoir une âme»[19], et ces marchands de grâces divines n'en ont point. Leur credo, c'est le mensonge....

Notes:

[1] La Norvège est divisée en 6 évêchés, 83 doyennés, 441 paroisses et 900 pastorats. L'Église luthérienne est seule religion d'État, et son clergé a en mains l'état-civil, sauf dans la capitale. L'acte de baptême est considéré comme acte de naissance. Le seul mariage légal, c'est le mariage religieux. L'enseignement primaire se trouve sous la direction du clergé. Il y a en Norvège 7,000 écoles primaires, fost-skol og omgangs-skol (Christiana possède 16 écoles avec 23,000 élèves). Le conseil scolaire est composé de quatre membres élus par l'assemblée paroissiale et le pasteur est de droit président; c'est aussi lui qui est chargé des inspections. Cinq heures par semaine sont consacrées à l'enseignement religieux. Les châtiments corporels existent encore (Prescription de 1889, §65).