GRÉGOIRE.—Cette nature confiante était prise dans un filet de perfidies, habitant sous le même toit ... que d'autres femmes ... ses servantes ... sans se douter que son foyer reposait sur un mensonge! Ton existence m'apparaît, quand je la regarde, comme un champ de carnage jonché de cadavres....
Dans le même drame Hialmar interroge sa femme sur son passé. Elle finit par reconnaître sa liaison avec Werlé, dévoilée à son mari par Grégoire.
HIALMAR.—Comment as-tu pu me cacher une pareille chose?
GINA.—Oui, ça n'est pas bien à moi; j'aurais dû te l'avouer depuis longtemps.
HIALMAR.—Tu aurais dû me le dire tout de suite. Au moins j'aurais su qui tu étais.
GINA.—M'aurais-tu épousée tout de même, dis?
HIALMAR.—Comment peux-tu le supposer?
GINA.—Voilà pourquoi je n'ai rien osé dire. Je ne pouvais pourtant pas faire mon propre malheur!
Telles sont les bases de la famille actuelle: mensonge et corruption; instrument de profit comme pour Gina,[7] pour Stensgard[8] ou instrument de plaisir égoïste comme pour Helmer[9].
L'homme et la femme souffrent de cet état de choses, mais la femme en souffre davantage. L'homme, dit Bebel[10], de qui provient le plus souvent le scandale dans le mariage, sait, grâce à sa situation prépondérante, se dédommager ailleurs.