«Elevons-nous au-dessus d'une loi qui n'est pas l'oeuvre de la nature mais toute conventionnelle.»[16]
Le mariage doit toujours être l'union librement contractée de deux esprits et de deux coeurs; une telle union ne saurait se former qu'entre deux êtres dont l'éducation morale et intellectuelle est achevée, qui ont chacun pleine conscience et possession d'eux-mêmes et qui ont pu s'étudier mutuellement.
«L'union libre de deux coeurs, qui peut se rompre et qui subsiste cependant des années, est le témoignage le plus probant d'un véritable amour.»[17]
Ce mot, le mot des dieux et des hommes: «Je t'aime!» n'a besoin d'aucune autorisation pour être dit.
Le mariage d'aujourd'hui est la cause de la débauche de l'homme. On unit la pureté avec l'impureté. Est-ce juste, est-ce sain, est-ce humain?
Le coeur de l'homme vierge est un vase profond:
Lorsque la première eau qu'on y verse est impure,
La mer y passerait sans laver la souillure,
Car l'abîme est immense et la tache est au fond.[18]
La liberté d'amour et de mariage amènera la fin de ces monstruosités. Lorsque la femme sera aussi libre que l'homme, légalement et moralement, la débauche de la moitié du genre humain disparaîtra, car l'homme et la femme pourront librement s'unir d'une manière permanente. Il faut proclamer résolument et hautement le grand principe de l'égalité absolue de l'homme et de la femme devant la morale. Il faut que la loi, que la morale soit une, et que ce qui est permis à l'homme le soit également à la femme. La liberté d'amour fait tressaillir les «soutiens de la société actuelle», ils y voient des débauches extravagantes. Rien de plus faux. C'est la liberté d'amour qui établira l'équilibre passionnel. «Quand nous avons prononcé le mot d' union libre, on a protesté. Scientifiquement pourtant, et en allant aux extrêmes tant dans le groupe familial animal, qu'humain, les sociétés polygames sont plus nombreuses que les sociétés monogames. Loin de nous l'idée de propager la polygamie; l'union libre n'est pas de la polygamie. Le résultat de ces modifications serait la disparition de la prostitution.»[19]
Le mariage libre, c'est-à-dire le mariage librement contracté, n'amène pas l'amour désordonné; au contraire, il chasse l'hypocrisie. Deux êtres humains se donnant l'un à l'autre librement n'ont pas d'intérêt à mentir et à tromper, ils peuvent se garder l'un à l'autre une fidélité intégrale. Nous entendons par fidélité intégrale, absolue, l'union de deux personnes qui s'aiment toujours et toujours jusqu'à leurs derniers moments, et le survivant conservant même sa fidélité par delà la tombe, fidélité non seulement au physique mais aussi au moral. C'est là le vrai mariage qu'on ne saurait assez préconiser, et comme il ne devrait jamais y en avoir d'autres, tout autre est plus ou moins impur! «Une promesse volontaire est un lien bien plus fort qu'un acte de notaire.»[20] Dans une union formée librement entre deux êtres conscients, sans la contrainte d'aucune influence étrangère, la jalousie est impossible et l'adultère une traîtrise odieuse. La jalousie est un état égoïste, qu'on trouve plus souvent chez l'homme que chez la femme. Cela vient que l'homme considère la femme comme une propriété et qu'il aime tout rapporter à lui-même.
Le véritable amour, libre, volontaire et conscient, n'admet pas de jalousie, car il rapporte tout à l'objet aimé, se réjouit de tout ce qui lui est favorable, s'afflige de tout ce qui lui est contraire, et est toujours prêt à se sacrifier à lui. L'amour véritable ignore la jalousie. Hélas! combien y a-t-il d'êtres qui comprennent la puissance divine de l'amour? Combien y a-t-il d'hommes qui se servent du magnétisme puissant d'un coeur passionné pour élever et agrandir l'âme de celles qu'ils aiment? combien y a-t-il de femmes qui se servent de la sublimité que porte leur regard pour ennoblir l'homme qui s'agenouille devant elles en son coeur?