KROLL.—Par leur propre force?

ROSMER.—Oui, par leur propre force. Il n'en existe pas d'autre; je veux faire appel à tous, tâcher d'unir les hommes en aussi grand nombre que possible. Je veux vivre et employer toutes les forces de mon être à ce but unique: l'avènement de la vraie souveraineté populaire.[25]

Et c'est par amour qu'on réveillera les peuples! Car le sens moral du genre humain, c'est l'amour. Une seule larme de tendresse au bord de la paupière mi-close suffit pour purifier le coeur d'un homme. L'amour, c'est non point l'union des sexes, mais l'union des âmes; toute autre idée de l'amour en fausse la nature, l'affaiblit, la déprave.

L'âme humaine individuelle est complète par elle-même et n'a nul besoin d'un complément extérieur pour constituer sa personnalité. Mais à cause même de sa grandeur, elle est appelée à rayonner dans toutes les directions de la vie, à s'universaliser au moyen de l'amour. C'est par amour que tout être humain est appelé à conserver et à épurer, à multiplier et à répandre les trésors de grâce et de tendresse déposés par la nature au coeur de chacun et destinés à atteindre de nouveaux développements. L'esprit de famille est la force créatrice de l'affection pure qui, établie entre les êtres de sexe différent, s'étend à tous les êtres humains.

C'est la toute-puissance de l'amour de la famille, âme éternelle de l'univers, qui conduit à l'amour de l'humanité.

Notes:

[1] Le 20 mai 1867, J.-S. Mill demanda, en plein Parlement, la substitution du mot personne au mot homme.

[2] Bebel. La femme dans le passé, le présent, l'avenir. Préface.

[3] J.-S. Mill. Lettres inédites, p. 266.

[4] La loi norvégienne du 29 juin 1888 «sur le régime des biens entre époux», est un remaniement complet et hardi de l'ancienne législation matrimoniale, c'est une véritable révolution dans la condition générale de la femme mariée. Le principe de cette loi est la liberté des conventions matrimoniales, il donne à la femme mariée la même capacité qu'à la femme non mariée. La femme a le droit juridique, même lorsqu'il y a communauté, de disposer exclusivement de ce qu'elle gagne. Ses biens sont soustraits à l'extinction des dettes contractées par le mari, sans son consentement. Cette innovation a introduit un peu plus de justice dans la communauté, qui, bien entendu, reste la même dans sa composition et continue à comprendre les profits du mari comme ceux de la femme.