LA VOIX.—Par celui de la liberté.

JULIEN.—Et par quel pouvoir?

LA VOIX.—Par la volonté.»[26]

Montrer aux hommes un avenir meilleur, c'est leur inspirer la volonté de le réaliser: c'est là la gloire d'Ibsen.

III

La société actuelle, malgré tous les progrès accomplis, n'est qu'un chaos où l'harmonie fait défaut; l'humanité est encore dans les limbes et à l'état rudimentaire, dans un état social incomplet et faux où la liberté et la justice n'existent pas. Des hommes y meurent de faim à côté des élégances portées à un raffinement de luxe inouï, le nombre des suicides et des victimes sociales, dits criminels, va en augmentant. Tout le monde sent que cet état de choses ne peut plus durer longtemps: un changement devient de plus en plus urgent. Dans son appel éloquent adressé à la bourgeoisie, Louis Blanc disait: «Une révolution sociale doit être tentée. L'ordre social actuel est trop rempli d'iniquités, de misères et de servitudes pour pouvoir durer longtemps. Il n'est personne qui n'ait intérêt, quelle que soit sa position, son rang, sa fortune, à l'inauguration d'un nouvel ordre social. Il est possible, il est facile même d'établir cette révolution pacifiquement.»[27]

La vérité, même dure et pénible, est toujours plus salutaire qu'une erreur ou un mensonge agréable; jetée dans le courant des opinions et des moeurs, elle est discutée, propagée, vulgarisée, finit à la longue par pénétrer insensiblement les masses. Les vérités grandissent, se répètent et se complètent chaque jour; on finit par les entendre et les comprendre. L'appel de Louis Blanc, après plus d'un demi-siècle, commence à réveiller des consciences. Partout, dans tous les pays, dans toutes les classes, on sent le besoin de renouveler et d'élargir les principes dont on était depuis trop longtemps prisonnier. La société actuelle, existant encore sous le nom de civilisation, s'écroule de toutes parts: un cataclysme social devient inévitable. Les plus réfractaires eux-mêmes sont entraînés dans le tourbillon que soulève et agite le problème social. Pour secouer l'indifférence générale, il a fallu que la perception du péril devint claire et saisissante. Tout le monde comprend aujourd'hui qu'il ne suffit pas d'ignorer un danger pour le conjurer et que le meilleur moyen de s'y soustraire est de le regarder en face et de prendre les mesures que suggère la raison. Une profonde révolution se prépare, elle est lente mais irrésistible, elle ronge les édifices déjà prêts à tomber.

Certes, les individus comme les nations croient toujours vivre à la fin d'un monde ancien et au commencement d'un monde nouveau.

Le présent pour chaque homme est une époque de transition. Mais nous assistons aujourd'hui effectivement à une de ces phases de transformation si rares dans l'histoire du monde. «Il n'a pas été donné à beaucoup de philosophes, durant le courant des âges, de vivre au moment précis où se formait une idée nouvelle et de pouvoir, comme aujourd'hui, étudier les degrés successifs de sa cristallisation.»[28]

Le dénouement du grand drame social qui se joue sous nos yeux est peut-être prochain. Les vieilles formes n'existent plus, et le retour aux Religions du passé est impossible.... Loin, à l'horizon, on voit déjà poindre l'aube d'une Religion Nouvelle: le Socialisme. Les petits et les humbles, les déshérités et les victimes de la société actuelle, tous ceux qui peinent et souffrent, tournent leurs regards vers cette aube lointaine, et ils croient y voir des rayons d'Espoir.... Et l'aube grandit, et sa lumière augmente....