—Nos discordes? Quelle en est la cause principale, sinon ce commandement à deux têtes? répondit froidement Tchetchevik. Il faut dans l’effort rétablir l’unité. Il n’est d’espoir, de salut que là.»
Le grand ataman se sentit comme brûlé par un fer chaud. Il fit quelques tours dans la chambre, pareil à un lion blessé. Puis, ayant ouvert la fenêtre, son regard plongea dans les ténèbres de la nuit.
Le silence était tel et telle l’émotion de l’ataman, que Maroussia, bien qu’elle fût à l’autre extrémité de la pièce, crut entendre les battements de ce cœur déchiré.
Rafraîchi par l’air de la nuit, calmé par son silence même, il revint se placer devant la petite table, en face de Tchetchevik.
«Au moins, dit-il, il sera bien entendu que c’est parce que je suis le meilleur que vous comptez sur moi pour céder au pire. On saura que c’est parce qu’aucune abnégation n’est à attendre de celui qui a déjà appris la moitié de son rôle de Judas que vous me demandez, à moi, un tel acte de dévouement.
—C’est, dit Tchetchevik, pour lui rendre impossible de jouer son rôle de Judas tout entier, pour lui enlever toute raison, tout motif, tout prétexte de le mener jusqu’au bout; c’est parce que nous savons que vous êtes le plus noble des fils de l’Ukraine, que nous vous demandons de vous effacer pour un temps devant cet indigne que votre gloire offusque et que l’envie seule jette dans les bras des Russes.
—Nul ne m’accusera de trahison au moins, nul de lâcheté, quand j’aurai accordé ce que tu me demandes?
—Nul n’ignorera l’héroïsme de ton sacrifice; au contraire. Nos amis qui m’envoient ne savent-ils pas ce qu’il doit t’en coûter de t’y résoudre?
—Et, si, malgré tout, le misérable nous vendait?...