—Il mourrait avant d’avoir accompli son forfait, dit tranquillement Tchetchevik. Il est, Dieu merci! le seul traître possible de sa maison. Quelqu’un veille tout près de lui, qui ne le laisserait pas se déshonorer tout à fait.»

Il y avait sur la table plume, encre, papier; l’ataman prit la plume. Tchetchevik tourna ses regards du côté de Maroussia, et lut son anxiété dans ses yeux. Sa petite amie ne se sentait pas à son aise. C’était si difficile à faire ce qu’exigeait du grand ataman son ami, qu’à la fin il pouvait bien se fâcher. Et alors, entre deux hommes de cette trempe, que pouvait-il se passer?

Un sourire de Tchetchevik fit comprendre à la petite sourde et muette qu’elle pouvait être tranquille.

L’ataman écrivait, pesant chaque mot sans doute, et il avait bien raison. De telles lettres, «une abdication,» ne s’écrivent pas entre deux bouffées de tabac.

Quand la lettre fut finie, il la tendit à Tchetchevik.

«Tiens, lui dit-il, es-tu content?»

Tchetchevik, après avoir lu, lui répondit:

«Content? Non, certes, car je donnerais ma vie pour que tu fusses à la place de celui qu’on va sembler te préférer. Mais je suis fier pour l’Ukraine de ce renoncement du plus brave de ses fils. Si nous devons succomber dans cette lutte, notre histoire comptera un héros de plus. Ceux qui mourront pour elle n’auront rien à se reprocher. Toi, tu auras fait plus qu’aucun d’eux, tu seras descendu du pouvoir pour la sauver,—sans même être sûr d’y réussir. Tu seras mort deux fois, et glorieusement. Que ton âme se rassure! Tu nous mets dans la main la seule carte qui puisse rétablir la partie.»

Tchetchevik avait plié la lettre et l’avait cachée dans le manche d’un poignard qu’il portait sous sa robe.

«Quand la remettras-tu à sa destination? lui dit l’ataman. Quand saura-t-il que, pour l’Ukraine, je suis prêt à tout, même à combattre sous ses ordres; des ordres qu’à lui tout seul il n’est pas capable de donner?