—Bien sûr! répond le grand ami. Elle te va à ravir. Tu as l’air d’une petite fée.»

Maroussia bat des mains. C’est son grand signe de joie.

Et les voilà de nouveau en route, reposés, rafraîchis et courageux.

«Avant que l’étoile du soir brille à l’horizon, nous serons au tombeau de Naddnéprovka,» dit Tchetchevik à l’enfant.

Ces tombeaux, ou bien, comme on les appelle dans la langue du pays, ces kourganes, sont des collines d’une forme particulière qu’on rencontre en Ukraine. Ils recouvrent, si la tradition dit vrai, les corps de ceux qui sont morts pour la patrie. Et la vérité est que les laboureurs, quand ils les fouillent, soit du socle de leur charrue, soit de la fourche, y trouvent des armes, des anneaux, des colliers enfouis.

Le grand ami ne s’était pas trompé; l’étoile du soir ne brillait pas encore à l’horizon que les contours du tombeau de Naddnéprovka se dessinèrent devant eux.

Le soleil était déjà couché, mais les ombres du soir étaient encore claires; c’était une sorte de brouillard doré. Les jeunes arbres, les arbrisseaux, les hautes herbes qui couvraient «le tombeau» étaient comme en feu. La croix brisée, cassée, se dessinait nettement sur le ciel. Les grands oiseaux d’un gris foncé, en passant entre les bandes rouges du couchant et la terre, se nuançaient des couleurs de l’arc-en-ciel.

Du haut du tombeau, on apercevait le Dniéper. Le fleuve avait des reflets d’acier poli. De l’autre côté du rivage s’élevaient des monts boisés, dont les bases étaient tout à fait noires, et les cimes comme enveloppées de rouges lumières.

On entendait le murmure sourd des eaux profondes et le frémissement de la brise dans les joncs. De temps en temps, du milieu du silence, perçait le cri d’une mouette, et bientôt la mouette elle-même miroitait au-dessus des flots comme un petit point capricieux.

«Il me semble qu’il ne manque à ce tableau charmant, dit le grand ami à Maroussia, pour être complet, qu’un peu de musique. Qu’en penses-tu? Si je gratifiais le Dniéper d’une chanson?