—C’est cela, c’est très-bien imaginé, dit Maroussia. Asseyons-nous et amusons-nous.»
Il prit son théorbe, et bientôt l’écho des montagnes répéta à plusieurs reprises la phrase chantée en pleine voix par le vieux musicien.
«Laissez-nous nos prairies! laissez-nous nos steppes! A qui sont-elles, sinon à nous?
«Est-ce que leurs fleurs vous connaissent?
«Elles ne vous connaîtront jamais. Rien qu’à vous voir de loin, elles se flétrissent.
«Craignez les pleurs de l’innocent. Ils retomberont un jour sur celui qui les fait verser.
«Craignez le silence de l’homme injustement frappé: le knout n’a jamais tué une âme, et l’âme du père injustement frappé s’ajoute à l’âme de l’enfant. Les colères s’y amassent.»
La chanson était courte, mais expressive. Après l’avoir finie, le grand ami, pendant quelques instants, toucha doucement les cordes du théorbe. Ses yeux perçants étaient fixés sur le Dniéper. Maroussia, elle aussi, ne détachait pas ses yeux du fleuve.
Tout à coup, une mouette fit entendre son cri. Cette mouette semblait être sur le bord du fleuve, au pied des grandes roches, là, dans les joncs de la rive.