«Prends Maroussia en croupe, dit-il à Tchetchevik; galope toute la nuit. Au jour, tu laisseras le cheval; il retrouvera tout seul le chemin de la ferme de Samousse.»

Le rapsode sauta sur le cheval; Maroussia mit le pied sur le bout de sa botte, et en un instant elle fut installée derrière son grand ami. Ses bras se serrèrent autour de lui comme la liane autour du chêne. Le cheval partit au galop; c’est à peine si l’on entendait le bruit de ses sabots: on eût dit un cheval ailé.

XVII

A GADIATCH.

Deux jours après la promenade sur le Dniéper, que nous avons décrite dans le précédent chapitre, c’était un dimanche, et les grosses cloches de la ville de Gadiatch, résidence de l’ataman protégé par Sa Majesté le tsar de Russie, carillonnèrent à toute volée en invitant les fidèles aux matines.

Il faisait à peine jour, et la ville de Gadiatch, avec toutes ses ruelles étroites et tortueuses, ses bâtiments bas et ses jardins touffus, paraissait être voilée de mousseline à demi transparente. Les personnes qui se pressaient de tous côtés et se dirigeaient vers la cathédrale semblaient être enveloppées d’ombre.

Pourtant, malgré le crépuscule, il était facile de reconnaître, à leur démarche aisée, à leurs manières un peu décidées, que la plupart de ces personnes étaient des militaires.

La veille, il avait beaucoup plu, et l’air tiède était d’une fraîcheur délicieuse. Tout était calme dans la nature, tout était silencieux encore parmi les habitants; si calme et si silencieux, qu’on entendait le bruit des pas dans les rues humides; le pied imprudent qui s’engageait tout à coup dans une mare faisait un clac-clac sonore; on eût pu compter les gouttes de rosée qui tombaient du feuillage.