La vieille cathédrale avait l’air d’être entourée d’un jardin. On y voyait fleurir l’aubier, l’églantier, le sureau, les rosiers, les acacias blancs, jaunes et roses; on y voyait des pommiers, des poiriers, des pruniers et des cerisiers qui promettaient une grande abondance de fruits. Le sol était couvert d’une verdure veloutée jonchée de toute espèce de fleurs.

Une foule assez considérable de fidèles était rassemblée près de la cathédrale, et en attendant l’heure de l’office chacun causait à mi-voix de choses et d’autres.

Le vieux musicien ambulant, que le lecteur connaît déjà, se trouvait aussi dans cette foule, accompagné, comme toujours, de sa petite amie qui regardait respectueusement la maison de Dieu.

Il s’était assis sur une marche du perron de l’église, comme un homme accablé de fatigue, et, d’une voix lente et grave, il racontait à un nombreux auditoire qui l’entourait par quelles épreuves doivent passer les âmes des trépassés avant d’atteindre le céleste séjour. «C’est sur la terre, par des efforts constants, qu’il faut mériter le ciel,» dit-il en finissant.

Après avoir fini son récit par un soupir auquel répondirent les soupirs de la plupart des assistants, le vieux musicien semblait être tout à coup tombé dans une rêverie profonde, ainsi qu’il arrive souvent aux êtres pieux qui oublient la terre pour le ciel, et ses yeux pensifs erraient sur les lieux environnants qui commençaient à sortir de l’ombre.

Le silence qui s’était établi fut interrompu par l’arrivée de deux jeunes Cosaques. Ceux-ci se faisaient remarquer par leurs moustaches prodigieusement longues, par leur taille admirablement bien prise et flexible, et par une élégance particulière à ceux qui visitent souvent les nobles assemblées et figurent dans les grandes réceptions.

«Bonjour, bonjour, disaient les jeunes Cosaques; et ils ôtaient, puis remettaient leurs bonnets avec tant de grâce, qu’on aurait pu penser qu’ils ne s’occupaient jamais d’autre chose que de faire des saluts.

—Notre ataman arrivera-t-il? demandèrent en chœur plusieurs voix.

—Il arrivera,» répondirent les Cosaques.

Ces paroles, prononcées par deux voix claires et sonores, semblèrent tirer le rapsode de sa pieuse méditation, et, abandonnant avec un regret visible le monde meilleur où l’avait porté son rêve, il crut pourtant de son devoir de redescendre ici-bas et de s’occuper de ce qui allait occuper la foule.