—Faveur! s’écria d’un air courroucé un vieillard dont les yeux, sous des sourcils en broussailles et grisonnants, jetaient des flammes, comme deux fenêtres bien éclairées illuminent le dessous d’un toit de chaume. Faveur! un tel mot est-il fait pour s’appliquer à une telle femme? Méphodiévna, sachez-le, est de trempe à ne se soucier des faveurs de qui que ce soit. Un regard jeté sur elle suffira à vous le faire comprendre. Elle est droite comme une flèche, et on s’aperçoit aisément qu’elle n’a jamais courbé la tête devant personne.
—Elle est donc bien fière, demanda le vieux musicien, et par suite bien difficile à approcher? C’est de l’orgueil, alors!»
Et il ajouta d’un ton sentencieux:
«L’orgueilleux n’est qu’une bulle de savon: il ne s’enfle que pour crever.
—Mais que dites-vous là, vieillard? s’écria une femme âgée, à figure respectable, dont les yeux brillaient d’indignation. Que dites-vous là? C’est de l’honneur de la cité et du pays que vous parlez. Méphodiévna est une flamme bienfaisante, une lampe dans nos ténèbres.
—Pour être si brillante, repartit l’entêté musicien, il faut donc qu’elle ne marche qu’étincelante de diamants, couverte de pierreries, vêtue d’or?
—Vous n’y êtes pas, s’écria quelqu’un de la foule. Elle est vêtue si simplement que, sans ses yeux de diamant noir, on la prendrait pour une autre.
—Elle s’habille comme une simple bourgeoise, dit un jeune Cosaque; elle ne fait pas la grande dame, et elle est partout où elle peut faire le bien sans être aperçue.
—Pardon! dit le rapsode, j’ai, je le vois, blasphémé votre sainte, mais elle n’y a rien perdu. Je vous ai donné, du moins, l’occasion de lui rendre hommage. Pourriez-vous me dire, jeune homme, quels sont ces beaux seigneurs richement vêtus qu’on rencontre partout dans la ville? seraient-ils des saints, eux aussi?
—Des saints! Ah! non, par exemple! mais ce sont des altesses, des princes moscovites. Ne le devinez-vous pas à leur allure imposante, à leurs yeux qui ne s’ouvrent qu’à demi, à leurs nez dédaigneux plus hauts que leur tête? Ce sont les hôtes de notre ataman. Il y a huit jours, la maison en était pleine, les amis de l’Ukraine s’en inquiétaient. Mais, grâce à Dieu et à l’influence de Méphodiévna sur sa sœur et sur l’ataman son beau-frère, bon nombre, dit-on, déjà sont partis.